25 janvier 2008

Iconostase

Lumière de loin.

Je voudrais t'insuffler la fraîcheur
    capillaire par capillaire
que t'enfantent le glissement de l'air
    et le resserrement
des papilles            te faire des mots verts
    au matin des mots
que tu aies envie de toucher de broyer
t'écrire avec les ongles dans l'âge paresseux
    des roches
dans les yeux -
te convaincre de la terre.

Assemb

qu'il ne reste plus que l'oeil indivis de nos poids.
Nous revenions toujours plus lourds à la terre
troués d'espaces cloués de lumière
les mains apaisées dans la chute -


Depuis des ans nous n'avons plus commerce
qu'avec les pierres.
Nos pas s'allument aux craies aveugles
gisement étroit entre deux points d'eau.
Ma vie brûlée de tant de lumières
parfois d'une immense tendresse j'oublie
que tout est sourd
et me lève comme une mélodie.

Ces trois poèmes sont de Lorand Gaspar, Sol Absolu et autres textes, Gallimard.

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20 janvier 2008

Eclat de rides

Par quelle déchirure
voie de violence et de sang
tu es entrée
Soif
dans ce corps sans ombre ?
Vite une oasis
un puits
une trêve.
La mort le rire aux côtes
le rire aux griffes
lance ses vautours
sur mes épaules nues.
Si je tombe le soleil frappe
et des serpents de routes m'assaillent
et dévoilent mes caravanes.
Si je tente vers le ciel
un cri de rage et d'agonie
mon appel se perd
                   dans le silence
toujours plus fort
                   que la tempête.
Mais allié au piège des sables mouvants
mon cri rend impraticable
le chemin de l'oubli.

Rachida Madani (2006) Blessures au vent, Clepsydre, éditions de la différence.

rides
rides_2

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17 janvier 2008

Sand - dance

Sand_dance3_copie
Poème de Zéno Bianu, Fatigue de la lumière, Granit, 1991

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15 janvier 2008

En deçà du bleu...

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Une feuille s'envole et recherche l'oiseau

Le léger nous habite sous un toit de soleil, chaque
trait donne corps au plein jeu des voyelles
l'apparence est docile aux instants du regard, à
l'accent du réel, aux filets des rivages

là, en deçà  du bleu, tous les  tracés d'écume, où
l'écrit dans le sable aborde ses marées
nos mains ne cherchent plus à saisir que nous-
mêmes, une empreinte se double et percute le sens

entre bec et douceur, les plumes du voyage, qui se
perd en chemin, en rêvant se retrouve
en aimant se prolonge à l'été où tu règnes, en ces
vallonnements, à la crête des heures

Une encre se dilue où s'ancre l'horizon

Philippe Jones (1989) D'encre et d'horizon, poèmes 1981-1987, éditions de la différence

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11 janvier 2008

Un astre, entre les herbes et le sable

Entends la mémoire du sang qui s'éteint, la longue
incohérence de la parole. Entends la terre taciturne.
Tout est furtif, les ombres inaccueillantes. Nul jardin
de secrets. Nulle patrie entre les herbes et le sable.
Mais où donc jaillissent l'ombre et la clarté ?

triptyque_her
Voici les coteaux de la terre aride et noire. Qui
reconnaît l'équilibre des évidences sereines ?
Ces mots ont une odeur de portes souterraines.
Comment dominer la démesure de l'absence et le vertige ?
Comment rassembler l'obscur dans l'évidence des mots ?

diptyque_her
Ecoute, écoute la longue incohérence de la terre
et de la parole. Tout au long de la distance
murmure la monotone perfection d'une mer.
Par oublieuse pudeur un astre se fait velours
d'un bleu profond dans la corolle du silence.


Antonio Ramos Rosa

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08 janvier 2008

Le buvard-sismographe

Lors de ma récente virée dans le désert, j'ai soulevé plus tôt que de coutume le manteau de la nuit pour aller me perdre au milieu des dunes avec l'alibi ou la faveur des premières lueurs fugaces et fragiles de l'aube.

Alignés comme les dents fines et serrées d'un peigne, les touristes étaient déjà installés sur les crêtes dunaires pour être aux premières loges et sacrifier avec ferveur au rituel du lever du dieu soleil...
Mais ce matin là, point d'astre solaire à l'horizon! Ciel homogènement chargé. La palette des couleurs visibles ressemblait étrangement à une charte de gris ! Déçus ou à bout de nerfs (optiques), les touristes ont fini par abdiquer et regagner leurs auberges où les attendait un copieux petit déjeuner parfumé à la menthe...
J'ai continué imperturbablement mon petit bout de chemin à la lisière du reg...Et là comme un miracle, une imperceptible musique jouée par un orchestre invisible s'est infiltrée à pas feutrés dans le paysage...A mes pieds, une pierre noire de forme évasée qui rappelle étrangement un filtre à café m'a vendu -pour trois fois rien- la mèche! Je l'ai perçue au milieu des sables assoifés comme un buvard-sismographe conçu pour donner l'alerte de la pluie!


pluie_sur_la_pierre_noire

Eprouvant un bonheur indicible, j'ai décidé de profiter de cette exceptionnelle aubaine et de prolonger ma promenade! Tant pis pour le petit déj...et le verre de thé vert à la menthe! Alors, je me suis contenté d'une petite madeleine littéraire en buvant littéralement ce savoureux passage de la recherche :
"Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l'avait heurté, suivi d'une ample chute légère comme de grains de sable qu'on eût laissés tomber d'une fenêtre au-dessus, puis la chute s'étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle: c'était la pluie." (Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, page 101-2, Bibliothèque de la pléiade, tome I ).

compo_pluie

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02 janvier 2008

Les sables souverains

Ailleurs n'est pas ailleurs qui prend charge et parole

le sable étend ses draps et là, d'ouest en est, viennent sécher les plis d'un corps ou du hasard, là, des traces parfois se relient en phrases; le désert n'est point tel, ni totalement nu, l'écritoire du vent s'appuie à ses genous, signe et passe le souffle, au-delà de l'absence

la dune en sa rondeur, la plage en délié, musculature offerte aux jeux aléatoires, chaque vaisseau et creux, mirage d'épiderme; l'ossature est polie, le soi-même fantôme, maison de l'éphémère à l'affût des messages, le vent brosse et batît, il s'exige crissant

celui qui va criant, va heurtant ses montagnes, et la voix sans échos est celle de l'écho, cristaux noués de gel, silex de la colère, harde aux vocables fous, ces mots sifflent et fendent, ils cravachent le temps et l'attente d'encore; un adieu sonne dur au détour de l'image

la neige des moutons blanchit l'aire grillée, innocente le sol, la colline et les sons; un souvenir affleure, une envolée annonce qui est venu, qui vient ou celui qui viendra, mauve d'eucalyptus, et les parfums, au loin, les cèdres, les cactées complimentent les terres

Ici tout comme ailleurs voit ses ombres portées

Philippe Jones (1989) D'encre et d'horizon,  éditions de  la différence

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