07 mai 2009
Plis de l'impossible oubli
Il est temps de
se taire
de ranger les accessoires
les costumes
les rêves
les douleurs
les cartes postales
Il est temps de fermer la parenthèse
arrêter le refrain
vendre les meubles
nettoyer la chambre
vider les poubelles
Il est temps d'ouvrir la cage
des canaris qui m'ont prodigué leur chant
contre une vague nourriture
et quelques gobelets d'eau
Il est temps de quitter
la maison des illusions
pour le large d'un océan de feu
où mes métaux humains
pourraient enfin fondre
Il est temps de quitter l'enveloppe
et s'apprêter au voyage
Nos chemins se séparent
ô mon frère l'évadé
J'ai de la folie
mon grain propre
Un choix autre
de la séparation
J'ai ma petite lumière
sur les significations dernières
de l'horreur
Une fois
une seule fois
il m'est arrivé d'être homme
comme l'ont célébré les romances
Et ce fut
au mitan de l'amour
L'amour
quoi de plus léger pour un havresac
Alors je m'envole
sans regret
j'adhère au cri
l'archaïque
rougi au feu des déveines
et je remonte d'une seule traite
la chaîne des avortements
Je surprends le chaos
en ses préparatifs
Je convoque à ma transe noire
le peuple majoritaire des éclopés
esprits vaincus
martyrs des passions réprouvées
vierges sacrifiées au moloch de la fécondité
aèdes chassés de la cité
dinosaures aussi doux que des colombes
foudroyés en plein rêve
ermites de tous temps
ayant survécu dans leurs grottes
aux bulldozers de l'histoire
Je ne me reconnais d'autre peuple
que ce peuple
guéri du rapt et du meurtre
du vampirisme des besoins
des adorations
des soumissions
et des lois stupides
Je ne me reconnais d'autre peuple
que ce peuple
non issu de la horde
nuitamment nomade
laissant aux arbres leurs fruits
aux animaux la vie sauve
se nourrissant du lait des étoiles
confiant ses morts
à la générosité du silence
Je ne me reconnais d'autre peuple
que ce peuple
impossible
Nous nous rejoignons dans la transe
La danse nous rajeunit
nous fait traverser l'absence
Une autre veille commence
aux confins de la mémoire
Fragments d'une genèse oubliée, poèmes de Abdellatif Laâbi.
Commentaires
des photos qui nous mettent face à notre impuissance. c'est très grand, très beau on est très petit et prisonnier. il nous manque des ailes
bravo et merci
des toiles, c'est le mot a dire :)
quand je vois ça je me dis que je fous rien de ma cam :D
Puissance des mots et des images... Bravo!!
Bises.
ces tableaux gris abstraits sur ce fond gris foncé : c'est un vrai régal...
écoutez ... la nature murmure
regardez aussi ...
que peuvent les mots
mais le poème est vraiment très beau
merci pour le tout
je suis presque
presque sans mots
juste un boule qui vient de loin
là
***
retour
Un retour aux sources ou la source du retour avec ce faisceau d'images et cette pluie de sons...
Je reviens après avoir perdu mon ordi qui a brûlé!
Très bonne journée.
Amitiés.
Je ne saurai mettre en mots ce que je ressens. Mais le temps s'est arrêté quelques minutes.
Et c'est bien bon.
Merci!
Un moment de rêve, un temps d'évasion...il me suffit ensuite de fermer les yeux, impregnée de ces images, et d'entendre la douce musique du silence l'accompagnant
Surtout cette musique silencieuse...
sur fond de ciel: "alors, je m'envole"!
Tout est parfait sur ce blog, les photos, les textes, les sons, bravo !
...images et mots magnifiquement complémentaires...
du grand art
... Un "post" sublime.
Tant par le texte, que par la ponctuation des photos.
Voilà bien des jours que mes pas ne m'avaient conduit ici (sourire) Je suis heureux d'y être venu.
J'aime énormément ces tableaux silencieux qui nous renvoient à nous même, ce sont des "miroirs d'inconscient".
Tu as fait là une superbe série, bravo!
Perso, même si le texte est très beau et avec tout le respect que je lui dois, je le mettrais à part, pour ne pas "brouiller" l'imaginaire du regardeur lors de la lecture des images (ou pas du tout, tant celles-ci se suffisent à elles-mêmes...)
superbe
un seul mot
"Il est temps de quitter la maison des illusions pour le large d'un océan de feu où mes métaux humains pourraient enfin fondre"...
Par ailleurs, es-tu bien certain que tes 20ans sont derrière toi ? N'as-tu pas l'impression que la vie est un immense jeu de l'oie où certains d'entre nous reviennent toujours (par aléa ou par obstination) à la case Départ ?
Bonnes vacances... dans la belle Lumière (la belle Lumière Primordiale ?)
s@ns
Le texte qui l'emporte sur les photos, c'est vraiment une idée de génie!!
brouillard
On peut s'envoler dans le brouillard et tout oublier, rever, partir vers l'imaginaire!!
Poster un commentaire
Rétroliens
URL pour faire un rétrolien vers ce message :
http://www.canalblog.com/cf/fe/tb/?bid=183850&pid=13644684
Liens vers des weblogs qui référencent ce message :

























