19 janvier 2009
Le cercle des poètes s'élargit
Pour élargir ce cercle, rien de plus simple!
Du sable, un brin d'herbe sismographe et le souffle éolien de votre imagination...
Choisissez votre fusée horaire et assumez votre libre orbite...
Cliquez sur chaque image pour en élargir le cercle
Aujourd'hui mardi 20 janvier 2009, réouverture de too banal avec un billet intitulé " Tableau de chasse ". A bientôt !
15 janvier 2009
Comme un haïku ou un trois mâts
Aux couleurs de la nuit
vous chantez doucement.
Du noir sur le noir
voilà ma complainte.
Je trouverais de l'espoir
dans un seau de goudron.
Vous êtes les petits temples
incertains
de la certitude,
vous êtes des nids de poussière
tout juste bons
à étouffer le cri
pour quelque temps.
Je joue tout seul
sans partenaire,
ne fermez pas les yeux,
je vous parle peut-être
mais je n'en suis pas sûr.
Objets de pauvreté
vous êtes ma richesse
au cœur du désespoir.
Chaque chose a son histoire
elles parlent entre elles
pour raconter la mienne.
Vous êtes cadeaux d'abandon
cloués de parcelles de joie
en éclats brefs.
Fragiles animaux
en vos frêles bicoques,
vous jouez à des jeux idiots,
la tristesse et la douleur
n'en sont pas absentes.
Vous jouez avec moi,
et je joue avec vous,
ceux qui nous regardent
ont quelquefois
le sourire aux lèvres
alors nous avons gagné
au jeu de la vie.
Nous avons gagné un tour de plus.
De-ci de-là couci-couça
objets précaires vous parlez pour moi,
aujourd'hui j'ai envie de me taire.
L'alphabet des choses parle pour moi.
Bouche cousue
je vous parle en aveugle,
bouche cousue.
Silencieux est l'alphabet des choses,
c'est un spasme immobile
gelé par la colle.
Ce sont objets d'abandon,
bouquets de débris,
ce sont les murmures de l'errance,
travail des mains folles,
en crises.
Objets du hasard
je cherche un chemin
qui n'existe pas
dans une ville inconnue.
Des jalons pour demain
s'il veut bien exister.
Vous n'avez pas de sens
si ce n'est celui de ma tendresse.
Image d'enfance à jamais perdue.
Vous n'avez pas de sens
si ce n'est par vous
de retrouver l'étincelle
dans le regard de mon amie.
Beaux à mes yeux
comme un sourire dans un hôpital ;
fait de rien
fait de tout.
Vous êtes ma raison
vous êtes ma folie.
Vous êtes le fil sur lequel je marche
pour aller je ne sais où.
Un jour dans l'autre
attendant le miracle.
Je vous fais
je vous défais,
il n'est pas quotidien
loin s'en faut,
il est l'aumône
que la vie me fait parfois.
Je vous trouve comme
on vous a perdus,
pour chercher quelque chose
couleur d'imprévu.
Par un geste parfois
j'aide à votre rencontre.
Je scelle par un sourire
le mariage de la carpe et du lapin.
Louis Pons, extraits de "L'objet et le reste", réédition Fata Morgana, 2008.
11 janvier 2009
Tension
"Photographier c'est mettre sur la même ligne de mire la tête, l'oeil et le coeur. C'est une façon de vivre."
Henri Cartier-Bresson
Cliquez sur l'arc pour mieux voir la cible...
Je voudrais parvenir au cœur
Des choses, en toutes:
Dans l'œuvre, les remous du cœur,
Cherchant ma route.
À l'essence des jours passés,
Leur origine,
Jusqu'à la moëlle, jusqu'au pied,
À la racine.
Des faits, des êtres sans arrêt
Saisir le fil,
Vivre, penser, sentir, aimer
Et découvrir.
Ô, le pourrais-je, je ferais,
Fût-ce en fraction,
Huit vers pour peindre les grands traits
De la passion:
Ses injustices, ses péchés,
Fugues, poursuites,
Coudes et paumes, imprévus
À la va-vite.
Et je déduirais ses raisons
Et sa formule,
Je répéterais de son nom
Les majuscules.
En vers tracés comme un jardin
Vibrant des veines
Des tilleuls fleuris un à un
En file indienne.
J'y mettrais la senteur des roses
Et de la menthe,
Les prés, la fenaison, l'orage
Au loin qui gronde.
Tel des fermes, bois et jardins
Et sépultures
Le miracle enclos par Chopin
Dans ses études.
Le jeu du triomphe accompli
Et son tourment,
C'est la corde qui se raidit
Quand l'arc se tend.
(Poème de Boris Pasternak, 1956, traduit par Michel Aucouturier)
05 septembre 2008
Mine de rien
05 juillet 2008
Le plateau vide de la balance
Aujourd’hui je n’ai rien fait.
Mais beaucoup de choses se sont faites en moi.
Des oiseaux qui n’existent pas
ont trouvé leur nid.
Des ombres qui peut-être existent
ont rencontré leurs corps.
Des paroles qui existent
ont recouvré leur silence.
Ne rien faire
sauve parfois l’équilibre du monde,
en obtenant que quelque chose aussi pèse
sur le plateau vide de la balance.
Roberto JUARROZ
02 juin 2008
Grimoire des sables
26 mai 2008
Révérence

Notre écriture à nous, au Hoggar,
est une écriture de nomades
parce qu'elle est tout en bâtons
qui sont les jambes de tous les troupeaux.
Jambes d'hommes, jambes de méhara,
de zébus, de gazelles,
tout ce qui parcourt le désert.
Et puis les croix disent si tu vas à droite
ou à gauche. Et les points, tu vois, il y a
beaucoup de points. Ce sont les étoiles
pour nous conduire la nuit, parce que nous,
les sahariens,
nous ne connaissons que la route,
la route qui a pour guide, tour à tour,
le soleil et puis les étoiles.
Et nous partons de notre coeur,
et nous tournons autour de lui
en cercles de plus en plus grands,
pour enlacer les autres coeurs
dans un cercle de vie, comme l'horizon
autour de ton troupeau et de toi-même.
(Poème touareg. )
D'autres poèmes d'Orient ici
12 mai 2008
Les tenants et les aboutissants
11 avril 2008
Le néant des paroles

Le matin est ainsi, un nom
pour le monde, ouvrir les yeux comme
quelqu'un qui parle
Le temps ou la
mort diurne peuvent
donner aux yeux ouverts le néant des paroles
Le soleil sera alors
le silence dans le regard ou la main
sur le front
qui fait baisser les paupières
comme si les doigts donnaient à la tête la vérité
immergée de ce néant
et comme si le matin venait
non telle une ombre immense vêtir la voix
du corps
mais la recouvrir de la
lumière
des paroles manquantes
Gastão Cruz, Anthologie de la poésie portugaise contemporaine, Gallimard, page 272.
05 avril 2008
Alphabet du silence
Le silence qui subsiste entre deux mots
n'est pas le silence qui entoure une tête qui tombe,
ni celui qui nimbe la présence de l'arbre
quand s'éteint l'incendie vespéral du vent.
De même que chaque voix a un timbre et une hauteur,
Chaque silence a un registre et une profondeur.
Le silence d'un homme est différent de celui d'un autre
et ce n'est pas la même chose de taire un nom et de taire un autre nom.
Il existe un alphabet du silence,
mais on ne nous a pas appris à l'épeler.
La lecture du silence est néanmoins la seule durable,
plus peut-être que le lecteur.
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Poème de Roberto Juarroz




































