27 novembre 2008

Désert urbain

J'ai évoqué ici un travail photographique en cours d'expérimentation. Les ingrédients de base sont fort simples pour ne pas dire éculés : un vieil appareil photo argentique totalement mécanique, un caillou de 20 mm de focale, une ouverture constante à 8, une profondeur de champ réglée sur l'hyperfocale,  des films négatifs couleurs, une  mesure de  la lumière au pifomètre et sans le recours à une cellule(en fait, je n'en ai pas besoin pour ce travail) et comme terrain de chasse : un long parcours urbain.  Le seul mot d'ordre est de ne pas déclencher comme tout le monde et surtout de faire tout à l'envers! (Sachez seulement qu'il n' y a pas de surimpression, pas de manipulation post-production, pas de travail sur photoshop en dehors du redimensionnement des images).
De retour du laboratoire avec les films développés, je me suis mis à les scanner. Le résultat était pour une première tentative expérimentale très prometteur et je crois que je vais continuer à peaufiner le procédé.
Ma première surprise concerne la désertification paradoxale  du paysage urbain! Bien sûr, j'ai des voitures, des silhouettes, des contours de bâtiments...etc. mais très souvent, j'ai assisté à une épuration des formes! La palette des couleurs et la touche évoquent le désert. Les quelques palmiers qui longent l'avenue qui mène au Mellah et au palais royal s'inscrivent de façon estompée à l'arrière plan augmentant ainsi l'impression d'un cliché réalisé en plein désert! C'est la raison pour laquelle j'ai décidé de vous montrer cette première série ici sur Photoeil...

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18 novembre 2008

Pas perdus dans le ksar

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30 septembre 2008

Tchin Tchin Oualou

Edmond Jabès : "La ressemblance du grain de sable avec le grain de sable est, peut-être, celle qu'il y aurait entre les débris d'un miroir, à l'instant de sa chute, et ceux d'un miroir brisé depuis des millénaires".

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23 août 2008

A suivre...

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23 juin 2008

Post-scriptum de tous les rebuts

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J'ai duré des heures ignorées, des moments successifs sans lien entre eux, au cours de la promenade que j'ai faite une nuit, au bord de la mer, sur un rivage solitaire. Toutes les pensées qui ont fait vivre des hommes, toutes les émotions que les hommes ont cessé de vivre, sont passées par mon esprit, tel un résumé obscur de l'histoire, au cours de cette méditation cheminant au bord de la mer. J'ai souffert en moi-même, avec moi-même, les aspirations de toutes les époques révolues, et ce sont les angoisses de tous les temps qui ont, avec moi, longé le bord sonore de l'océan. Ce que les hommes ont voulu sans le réaliser, ce qu'ils ont tué en le réalisant, ce que les âmes ont été et que nul n'a jamais dit - c'est de tout cela que s'est formée la conscience sensible avec laquelle j'ai marché, cette nuit-là, au bord de la mer. Et ce qui a surpris chacun des amants chez l'autre amant, ce que la femme a toujours caché à ce mari auquel elle appartient, ce que la mère pense de l'enfant qu'elle n'a jamais eu, ce qui n'a eu de forme que dans un sourire ou une occasion, à peine esquissée, un moment qui ne fut pas ce moment-ci, une émotion qui a manqué en cet instant-là - tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, a marché à mes côtés et s'en est revenu avec moi, et les vagues torsadaient d'un mouvement grandiose l'accompagnement grâce auquel je dormais tout cela.

 

Nous sommes qui nous ne sommes pas, la vie est brève et triste. Le bruit des vagues, la nuit, est celui de la nuit même; et combien l'ont entendu retentir au fond de leur âme, tel l'espoir qui se brise perpétuellement dans l'obscurité, avec un bruit sourd d'écume résonnant dans les profondeurs! Combien de larmes pleurées par ceux qui obtenaient, combien de larmes perdues par ceux qui réussissaient! Et tout cela, durant ma promenade au bord de la mer, est devenu pour moi le secret de la nuit et la confidence de l'abîme. Que nous sommes nombreux à vivre, nombreux à nous leurrer! Quelles mers résonnent au fond de nous, dans cette nuit d'exister, sur ces plages que nous nous sentons être, et où déferle l'émotion en marées hautes!

Ce que l'on a perdu, ce que l'on aurait dû vouloir, ce que l'on a obtenu et gagné par erreur; ce que nous avons aimé pour le perdre ensuite, en constatant alors, après l'avoir perdu et l'aimant pour cela même, que tout d'abord nous ne l'aimions pas; ce que nous nous imaginions penser, alors que nous sentions; ce qui était un souvenir, alors que nous croyions à une émotion; et l'océan tout entier, arrivant, frais et sonore, du vaste fond de la nuit tout entière, écumait délicatement sur la grève, tandis que se déroulait ma promenade nocturne au bord de la mer...

Qui d'entre nous sait seulement ce qu'il pense, ou ce qu'il désire? Qui sait ce qu'il est pour lui-même? Combien de choses nous sont suggérées par la musique, et nous séduisent par cela même qu'elles ne peuvent exister! La nuit évoque en nous le souvenir de tant de choses que nous pleurons, sans qu'elles aient jamais été! Telle une voix s'élevant de cette paix de tout son long étendue, l'enroulement des vagues explose et refroidit, et l'on perçoit une salivation audible, là-bas sur le rivage invisible.

Fernando Pessoa, Le livre de l'intranquillité.

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12 mars 2008

L'âge nu et autres nuages...

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Je vis maintenant plus près du soleil, les amis
ne connaissent pas le chemin: il est bon
de n'appartenir à personne
d'être dans les hautes branches, frère
de la chanson libre de l'oiseau
de passage, reflet d'un reflet,
contemporain de tout regard pris au dépourvu,
d'aller seulement et venir avec les marées,
ardeur pétrie d'oubli,
douce poussière à fleur de mousse,
à peine cela.

*****

EUGENIO DE ANDRADE

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17 février 2008

Globes du silence

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"Le monde était comme suspendu, isolé à l'intérieur d'un fragile
globe de silence" (Wilfred Thesiger, "Le Désert des déserts")

Voilà bientôt seize ans que je hante, entre autres, le désert du côté de l'erg Chebbi situé dans le sud-est marocain. Retour à dates fixes sur les mêmes lieux afin d'exacerber le regard…ou encore selon l'incitation d'un Malevitch : "(…)aller de plus en plus loin dans la nudité des déserts. Car là est la transfiguration".
Cette approche, volontairement obsessionnelle, consiste à observer -dans la durée- un sujet, un objet ou un fragment quelconque du monde sensible afin d'en donner une image qui représente la métaphore décantée de son essence. Cela correspond à une démarche résolument inscrite aux antipodes de la photographie réaliste ou documentaire.
Ces photographies sont extraites d'une série dans laquelle j'ai essayé d'intervenir sur le paysage. Néanmoins, il ne s'agit pas, comme dans certaines pratiques du
land art, de meubler de façon massive, monumentale et non neutre la nudité ou le vide présumé d'un lieu...

Le recours de façon emblématique au verre transparent (billes) ou réfléchissant (chutes de miroir * ) est dicté par la nécessité d'utiliser un matériau qui interfère en résonance avec l'intégrité du milieu : à l'origine, le verre c'est du sable comme nous le suggère le poète Edmond Jabès : "La ressemblance du grain de sable avec le grain de sable est, peut-être, celle qu'il y aurait entre les débris d'un miroir, à l'instant de sa chute, et ceux d'un miroir brisé depuis des millénaires".
Dans le dialogue qui s'instaure entre le sable et le verre, c'est la complémentarité entre la 
nature et la culture qui est mise en avant.
Dans la série où des billes sont associées au paysage, la transparence des petites boules en verre présente la faculté d'apprivoiser la lumière, de capter une image du monde et de la renvoyer à l'envers, un peu à la manière d'un dépoli de chambre noire. Il y a là une véritable métaphore de la saisie photographique : capter et confiner l'image d'un fragment du réel dans l'emblème réducteur d'un cadre, ici d'un contour circulaire (qui n'est pas sans rappeler que -historiquement- les premières photographies étaient inscrites dans un cercle).
De plus, avec l'incrustation du paysage photographié dans les billes enchâssées qui ponctuent l'image, on assiste de proche en proche à l'instauration d'une riche rime interne ou encore d'une sorte de
"mise en abyme" générée par des allitérations visuelles.
Cette propriété récursive engendrée par une représentation par multilocation fonctionne sur le mode cohérent et insistant de l'auto-référence : le paysage renvoie à lui-même. Paradoxalement, cela ne parcellise nullement la représentation puisque le résultat obtenu n'est pas un simple agrégat d'images fracturées et disparates. Bien au contraire, en donnant du même paysage une représentation qui conjugue l'Un et le Multiple, l'image s'apparente à une passerelle entre l'immuable et l'infini. En fait, en déployant dans le cadre de l'image plusieurs facettes du même paysage, on favorise en dernier lieu un jeu d'échelle entre le microcosme et le macrocosme.
Au delà de ce constat, il y a une véritable élaboration formelle relative à la composition de l'image sous-tendue par ce que je voudrais appeler une
 "prosodie paysagère" : recherche du rythme, des accents, des contrastes, des césures, des enchaînements, de la ponctuation, des points de suspension du paysage désertique…etc.
Ces billes en verre incorruptible placées consubstanciellement entre l'espace et la matière constituent une interface emblématique entre notre vision analytique et notre perception synthétique mais également un trait d'union entre le regard, la pensée et les cheminements de la lumière entre le dehors, le dedans, l'avers et le revers…
Par ailleurs, chaque bille, par sa forme parfaitement circulaire (le cercle est dans notre cas une projection de la sphère), offre du monde une vision
totale et indivise qui bénéficie de toutes les vertus symboliques du cercle (harmonie, équilibre, protection, douceur, introversion…etc.).
Le choix esthétique de cette forme est inhérent à la bille elle-même. De surcroît, l'usage exclusif des sphères en verre transparent, véritables prismes métaphoriques de l'imagination, ne mobilise-t-il pas le temps, l'espace et la lumière ? Ne fait-il pas miroiter une certaine modernité ?

Au-delà de ma fascination pour le verre, j'avoue demeurer sensible à la dimension nostalgique des jeux de notre enfance (billes, toupie, cerceau…etc.). De même, on ne peut que reconnaître dans le "jeu de billes" certaines postures proches de la pratique photographique: sollicitation de l'œil et de la main, visée avec un seul œil, mesure et appréciation de la distance qui nous sépare de la cible …etc.
Mais au-delà de ces digressions ludiques, esthétiques et rhétoriques, il y a dans ces images comme un vœu de préservation du monde. Déjà, par la production et la multiplication des doubles que sont les images photographiques, il y a chez le praticien photographe le désir conscient ou non de combattre l'oubli, le dépérissement et la mort: faire des photos avant que la vie ne
retire ses billes

Par sa forme enveloppante en circuit parfaitement fermé, le cercle demeure avant tout un symbole de protection. De ce fait, l'inscription de l'image dans une forme ronde correspond au but avoué de mettre notre monde dans une bulle transparente et sécurisante afin de le protéger de tous les dangers et de toutes les pollutions qui le menacent…Puisse notre monde tourner bien rond…

Enfin, petite boule cristalline, dis-nous quelle sera la couleur de l'avenir ?

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07 février 2008

Confins de deux mondes

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25 janvier 2008

Iconostase

Lumière de loin.

Je voudrais t'insuffler la fraîcheur
    capillaire par capillaire
que t'enfantent le glissement de l'air
    et le resserrement
des papilles            te faire des mots verts
    au matin des mots
que tu aies envie de toucher de broyer
t'écrire avec les ongles dans l'âge paresseux
    des roches
dans les yeux -
te convaincre de la terre.

Assemb

qu'il ne reste plus que l'oeil indivis de nos poids.
Nous revenions toujours plus lourds à la terre
troués d'espaces cloués de lumière
les mains apaisées dans la chute -


Depuis des ans nous n'avons plus commerce
qu'avec les pierres.
Nos pas s'allument aux craies aveugles
gisement étroit entre deux points d'eau.
Ma vie brûlée de tant de lumières
parfois d'une immense tendresse j'oublie
que tout est sourd
et me lève comme une mélodie.

Ces trois poèmes sont de Lorand Gaspar, Sol Absolu et autres textes, Gallimard.

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08 janvier 2008

Le buvard-sismographe

Lors de ma récente virée dans le désert, j'ai soulevé plus tôt que de coutume le manteau de la nuit pour aller me perdre au milieu des dunes avec l'alibi ou la faveur des premières lueurs fugaces et fragiles de l'aube.

Alignés comme les dents fines et serrées d'un peigne, les touristes étaient déjà installés sur les crêtes dunaires pour être aux premières loges et sacrifier avec ferveur au rituel du lever du dieu soleil...
Mais ce matin là, point d'astre solaire à l'horizon! Ciel homogènement chargé. La palette des couleurs visibles ressemblait étrangement à une charte de gris ! Déçus ou à bout de nerfs (optiques), les touristes ont fini par abdiquer et regagner leurs auberges où les attendait un copieux petit déjeuner parfumé à la menthe...
J'ai continué imperturbablement mon petit bout de chemin à la lisière du reg...Et là comme un miracle, une imperceptible musique jouée par un orchestre invisible s'est infiltrée à pas feutrés dans le paysage...A mes pieds, une pierre noire de forme évasée qui rappelle étrangement un filtre à café m'a vendu -pour trois fois rien- la mèche! Je l'ai perçue au milieu des sables assoifés comme un buvard-sismographe conçu pour donner l'alerte de la pluie!


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Eprouvant un bonheur indicible, j'ai décidé de profiter de cette exceptionnelle aubaine et de prolonger ma promenade! Tant pis pour le petit déj...et le verre de thé vert à la menthe! Alors, je me suis contenté d'une petite madeleine littéraire en buvant littéralement ce savoureux passage de la recherche :
"Un petit coup au carreau, comme si quelque chose l'avait heurté, suivi d'une ample chute légère comme de grains de sable qu'on eût laissés tomber d'une fenêtre au-dessus, puis la chute s'étendant, se réglant, adoptant un rythme, devenant fluide, sonore, musicale, innombrable, universelle: c'était la pluie." (Marcel Proust, A la recherche du temps perdu, page 101-2, Bibliothèque de la pléiade, tome I ).

compo_pluie

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