04 mars 2008
Ailéments
Cliquez sur l'image pour battre des ailes...
19 septembre 2007
Pop Art
Je vous ai parlé dans le post précédent de cette petite localité située à l'entrée du haut Atlas central et qui porte un joli nom bien sonore : Wawizaght. En déambulant dans son souk hebdomadaire, je suis tombé sur ce marchand de pop corn à l'étal multicolore!
Cliquez sur l'image pour la voir en plus grand !
29 juin 2007
Le chant a cappella de la vie
L’or des jours
On a chanté la ville ses éclats
de voix de lumière de rire
on a chanté ses peuples
ses cours ses miracles
le tremblement de l'eau
de l'oiseau ou de l'herbe
la lente sauvagerie végétale
la Beauté de tout bord
et on l'a injuriée.
On a chanté les labyrinthes
où se perd le chanteur
qui se cherche et se plaint
le moi ses mille et un mensonges
ses manies ses petites morts
et sa langue mielleuse
l'intervalle divin du silence
le soupir dans lequel s'épanouit
le sourire du bouddha
Tous les chants sont usés
mis en boite
en cubes en disques en vers
réduits développés chiffrés
déchiffrés
criés balbutiés éructés
ânonnés
archivés
reste
l'enfantine la claire
l'obscure
nécessité de chanter
chaque instant veut l'éternité du chant
Je chanterai l'olivier stérile
penché sur l'abîme aux pentes vertes
je descendrai
entre les châtaigniers
les chênes,
les ronces
les bouleaux
et tous les entrelacs végétaux anonymes
unis pour entraîner les anciennes terrasses de pierre
que les hommes d'autrefois avaient maçonnées de leur sueur
j'irai jusqu'au cours d'eau
qui ne voit jamais le soleil
Je chanterai le cocotier velu
ses palmes jaunissantes
sous sa tête verte
Je chanterai le figuier célibataire
un peu plus haut chaque année
ses fruits à peine formés qui
tombent au sol et je chanterai ses racines
qui préparent en secret
l'effondrement de la maison
je chanterai le pêcher frêle
que ses quatre pêches épuisent
le laurier sombre et parfumé
qui descelle pierre à pierre l'ancien mur
je chanterai le rosier survivant
sans fleurs sans feuilles
branche sèche dans la terre
lançant dans le ciel
de jeunes tiges vertes
hautes et presque nues
la sauge nouvelle
lentement jaillie
d'un pied qui paraît mort
le citronnier en pot
qu'on rentre pour l'hiver
je chanterai aussi
le bourdonnement des insectes
la chute brutale et prématurée d'une figue
je chanterai le chant
des oiseaux leurs pépiements
leurs gazouillis leurs cris leurs croassements
le chant des cigales
le chant du vent
le saut du chat dans l'herbe sèche
et tant pis si nos bras
sont trop petits les mots
trop rares trop
pauvres pour embrasser
l'étendue et la multiplicité
d'une seule seconde
de perception
même si
mon chant passe aussi vite
que ce qu'il chante
même si
nul ne l'écoute jamais
même si
je dois chanter sans bouche
sans voix sans art
sans mot presque
je chanterai
chaque aujourd'hui
Marie-Florence Ehret, L'or des jours, Dumerchez.
24 juin 2007
Le chasseur d'images
Il saute du lit de bon matin, et ne part que si son esprit est net, son coeur pur, son corps léger comme un vêtement d'été. Il n'emporte point de provisions. Il boira l'air frais en route et reniflera les odeurs salubres. Il laisse ses armes à la maison et se contente d'ouvrir les yeux. Les yeux servent de filet où les images s'emprisonnent d'elles-mêmes. Jules Renard : Histoires naturelles
La première qu'il fait captive est celle du chemin qui montre ses os, cailloux polis, et ses ornières, veines crevées, entre deux haies riches de prunelles et de mûres.
Il prend ensuite l'image de la rivière. Elle blanchit aux coudes et dort sous la caresse des saules. Elle miroite quand un poisson tourne le ventre, comme si on jetait une pièce d'argent, et, dès que tombe une pluie fine, la rivière a la chair de poule.
Il lève l'image des blés mobiles, des luzernes appétissantes et des prairies ourlées de ruisseaux. Il saisit au passage le vol d'une alouette ou d'un chardonneret.
Puis il entre au bois. Il ne se savait pas doué de sens si délicats. Vite imprégné de parfums, il ne perd aucune sourde rumeur, et, pour qu'il communique avec les arbres, ses nerfs, se lient aux nervures des feuilles.
Bientôt, vibrant jusqu'au malaise, il perçoit trop, il fermente, il a peur, quitte le bois et suit de loin les paysans mouleurs regagnant le village.
Dehors, il fixe un moment, au point que son oeil éclate, le soleil qui se couche et dévêt sur l'horizon ses lumineux habits, ses nuages répandus pêle-mêle.
Enfin, rentré chez lui, la tête pleine, il éteint sa lampe et longuement, avant de s'endormir, il se plaît à compter ses images.
Dociles, elles renaissent au gré du souvenir. Chacune d'elles en éveille une autre, et sans cesse leur troupe phosphorescente s'accroît de nouvelles venues, comme des perdrix poursuivies et divisées tout le jour chantent le soir, à l'abri du danger, et se rappellent au creux des sillons.
22 avril 2007
En avril, découvre ton nombril...
Le nombril
Nombril, je t'aime, astre du ventre,
Oeil blanc dans le marbre sculpté,
Et que l'amour a mis au centre
Du sanctuaire où seul il entre,
Comme un cachet de volupté.
Théophile Gautier, Poésies libertines
11 février 2007
Apprentissage
Le marabout m'avait prévenu:
"Le désert, c'est un apprentissage" et assurément malin lettré, il ajouta:
"Retiens le mot apprentissage, apprends, tisse, age. Pour connaître le désert, il faut l'apprendre. Pour l'apprendre, il faut savoir en tisser toute la réalité, et pour faire l'oeuvre qui alors lie d'une trame croisée le ciel à la terre, il faut savoir attendre, prendre de l'âge."(Desen Paveert)
11 novembre 2006
Il arrive qu'il pleuve et qu'un lac se forme...
02 novembre 2006
L'Amour est ma religion et ma foi
J'ai choisi cette image pour illustrer une ode d'Ibn Arabi. Cet andalou né à Murcia en 1165 et mort à Damas en 1250 était poète, philosophe et l'une des grandes figures du soufisme de son temps. Ce poème est extrait de son recueil " Le chant de l'ardent désir" (Tourjoumân al-achwâq ).
La traduction française de cette ode intégrée en caractères arabes à l'image est la suivante :
Auparavant, je méconnaissais mon compagnon
Si nous n'avions la même croyance.
A présent, mon coeur est capable de toute image :
Il est prairie pour les gazelles, cloître pour les moines,
Temple pour les idoles, Kaaba* pour les pèlerins,
Tables de la Thora et livre saint du Coran.
L'Amour seul est ma religion,
Partout où se dirigent ses montures
L'Amour est ma religion et ma foi.
( * Kaaba : sanctuaire au coeur de la Mecque)
Il existe une version chantée de ce poème par Amina Alaoui, belle voix arabo-andalouse. Cette interprétation vocale figure sur son disque intitulé "ALCANTARA". Voilà ce qu'elle en dit:
" Il est bien plus simple de traduire Alcàntara au sens propre, qu'au sens figuré; révélateur d'une longue histoire. Alcàntara en arabe signifie : le pont.(...)Plusieurs ponts en Espagne portent ce nom de nos jours, ainsi qu'une ville frontalière du Portugal dans la région d'Extremadura. D'anciens écrits attestent l'existence du pont Alcàntara (encore actuel) joignant les deux rives du Tage de la ville de Tolède, et bien d'autres disparurent ou furent débaptisés comme Alcàntara Del Darro de Grenade, ou le fort d'Alcàntara de Valence emporté par les inondations en 1080.
Ce que j'entends dans Alcàntara c'est "cantar", un pont de chants qui se conjugue au futur "cantara": chantera. Une histoire qui résonne comme un chant à l'humanité.
(...) Alcàntara constitue un témoignage de ces moments privilégiés de coexistence, de convivialité, de communion de savoir et de dialogue dus au respect des différences, malgré les aléas de l'histoire,et non pas simplement une élégie posthume aux illustres figures du passé. Cet âge d'or fut! Cela nous renvoie actuellement au problème moral du déni des différences, du racisme et du repli sur une identité autarcique. Serions-nous capables de réinventer un nouvel âge d'or de tolérance ? Cette évocation lyrique peut-elle être une relecture symbolique de l'histoire à travers l'art vers une nouvelle Renaissance à l'aube du XXIèe siècle ? (Amina Alaoui)
C'est cette interprétation que je vous invite à écouter...
http://www.dailymotion.com/video/xl4sy_ode-dibn-arabi
Ode d'Ibn Arabi
envoyé par TooBanal
28 octobre 2006
Spéculaires
Edmond Jabès :
"La ressemblance du grain de sable avec le grain de sable est, peut-être, celle qu'il y aurait entre les débris d'un miroir, à l'instant de sa chute, et ceux d'un miroir brisé depuis des millénaires".
20 octobre 2006
SISAO
Et cependant, nous avons aimé le désert. S'il n'est d'abord que vide et que silence, c'est qu'il ne s'offre point aux amants d'un jour (...)
Le sahara, c'est en nous qu'il se montre. L'aborder ce n'est point visiter l'oasis, c'est faire notre religion d'une fontaine.
A. de Saint Exupéry

























