23 mars 2008
Couronne. Démocratie. Ecole...
Pour ce printemps de la poésie, j'ai choisi un florilège de courts poèmes d'un poète que je porte en mon coeur: Armand Monjo. Toutes ces pépites sont extraites de son recueil " Dires Brefs " publié en 1989 aux éditions Rougerie.
Les illustrations données en regard n'ont pas été faites de façon ad hoc pour prolonger l'écho de ces poèmes. Elles correspondent à un exercice sans autre prétention que ludique, sans aucune retouche numérique et sans signification particulière...Je me suis juste amusé avec trois papiers froissés récupérés dans la corbeille...
Adieu
L'oiseau parti
la branche dit adieu
de la main
Amants
Tristes amants
désaimantés
Apprendre
Apprends du travailleur
l'économie du corps
de la danseuse
la liberté du corps
Atlas
Lignes horizontales
sur le flanc de l'Atlas
chaque village s'inscrit
en écriture arabe
Bonheur
Ne plus savoir
ce qu'il y aura après :
n'est-ce pas déjà
une approche du bonheur ?
Bourgeons
L'arbre transi de froid
me regarde
de tous les petits yeux rouges
de ses bourgeons
Contexture
Les nuances de verts
d'un olivier au repos
nous en apprennent plus
sur la contexture du monde
que le visage d'un banquier
en plein travail
Corbeaux
Mort je t'ai vue en plein été
implacable précise et lourde
dans un vol de corbeaux
Couleur
La couleur affirme et nie
la forme enlace
Couronne
Sur la pierre
la plus déshéritée
la couronne royale
d'un lichen d'or
Démocratie
Entre les vivants et les morts
pas question de démocratie
la majorité serait écrasante
Douceur
Sois doux avec les objets
ils te le rendront
Ecole
Surtout ne pas faire école :
tout au plus inciter à la marche
mais chacun sa route
Imagination
Pauvre imagination
trop laissée en friche
Pauvres enfants privés
de l'école du rêve...
Fête
La fleur
est le jour de fête
de la plante
Graine
La graine
écarte ses barreaux
pour laisser s'évader
la vie
Regards
Comme la paume de l'amant
sur le sein de l'aimée
posez votre regard
sur la peau du monde
Rouage
Entre dans la forêt
pour te sentir rouage
Science
La plus grande science
retarder la nuit
Sens unique
Rivière qui coule
amour qui passe
répètent que la vie
est à sens unique
Seul
L'oiseau
ne chante jamais
pour lui seul
Silence
Méfie-toi du silence des oiseaux :
c'est qu'un épervier plane
Temps
Passé dépassé
futur intérieur
présent pressant
Victoire
Vois dans la moindre fleur
une victoire
sur tout le reste
Imagination
Il faut imaginaimer
Nu
A la naissance
à l'amour
à la mort :
nu
Nuit
Les petits bruits
font la nuit immense
Orateur
L'orateur rythmait
sa fanfare de mots
à grands coups de tsymboles
Oui
Des mots ronds
comme une bouche
qui dit Oui
Pauvre
Vide qui ne sent pas
que tout est plein
pauvre qui ne voit pas
que tout est riche
Pessimisme
Pessimisme systématique :
alibi de paresse.
Supériorité
acquise au rabais.
Poésie
De la poésie
on n'a que la graine
Il faut du temps
de la terre et des larmes
Profit
Coupés de la vie
par l'obsession géométrique
du profit
Racines
Avec quelle économie de moyens
racines
vous faites éclater le roc !
***
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09 mars 2008
Caftan ouvert du désir
Cliquez sur le caftan pour l'ouvrir...
01 mars 2008
Cosmogonie
21 février 2008
Comble du vide
"(...)Laisse faire, me disais-je, surtout laisse faire : un passage va s'ouvrir, et ce passage, tu l'appelleras Cercle."
"Un monde de signes creux virevolte au ralenti; ce sont des signaux qui s'adressent au vide. Ils y tombent, jusqu'au jour où vous allez avec le vide, où le vide est devenu favorable, où il guide vos pas. Car il existe un point de faveur dont la compréhension transforme les signes en joie."
Les deux citations sont extraites du roman de Yannick Haenel (2007), Cercle, Gallimard.
20 février 2008
Procession
15 janvier 2008
En deçà du bleu...

Une feuille s'envole et recherche l'oiseau
Le léger nous habite sous un toit de soleil, chaque
trait donne corps au plein jeu des voyelles
l'apparence est docile aux instants du regard, à
l'accent du réel, aux filets des rivages
là, en deçà du bleu, tous les tracés d'écume, où
l'écrit dans le sable aborde ses marées
nos mains ne cherchent plus à saisir que nous-
mêmes, une empreinte se double et percute le sens
entre bec et douceur, les plumes du voyage, qui se
perd en chemin, en rêvant se retrouve
en aimant se prolonge à l'été où tu règnes, en ces
vallonnements, à la crête des heures
Une encre se dilue où s'ancre l'horizon
Philippe Jones (1989) D'encre et d'horizon, poèmes 1981-1987, éditions de la différence
Déployez les ailes des images en cliquant dessus !
12 novembre 2007
Surprise du jour
Il y a une papeterie dans le centre-ville, à cinq cents mètres de l'hôtel. Elle est minuscule. Quatre stylos, deux images pieuses et trois livres poussiéreux en vitrine. Je pourrais entrer dans la grande librairie en face, mais non, je préfère celle-là : là où il y a moins, je trouve plus. Je viens d'acheter, en même temps qu'une rame de papier blanc, une reproduction d'une peinture de Turner. Je ne l'aurais sûrement pas remarquée dans la grosse librairie. Un paysage de bord de mer. Un mélange de lumières, les unes boueuses, les autres aériennes. Cette image est parfaite. Je l'ai appuyée contre le mur, sur la table. Elle me sert de miroir.
Quand la lumière, la vraie, celle que les peintres désespèrent d'attraper, glisse chaque matin entre les fentes des volets, elle vient rayer le mur au-dessus de ma tête, dans le lit. Ouvre, elle me dit, ouvre vite, il y a une surprise pour toi. La surprise c'est un jour de plus, différent de tous les autres. J'ai l'oeil aiguisé sur les détails, je sais voir les petites singularités, je ne sais même voir que ça.
Christian Bobin (1995), La folle allure. Roman. Gallimard
16 juin 2007
La dolce vita
Aujourd'hui, je vous sers un poème issu des chansons à boire (Khamriyyât) d'Abû-Nuwâs, né vers 757 de l'ère chrétienne dans le sud-Ouest de l'Iran actuel pas loin de la frontière avec l'Irak, mort à Bagdad vers 815 et contemporain de Charlemagne...
Ce qui a fondé sa réputation, c'est sa poésie bachique et érotique. Ses poèmes chantent, entre autres, la joie de vivre et laissent transparaître un caractère de jouisseur et de libertin. Ce grand poète maudit a laissé derrière lui la réputation d'un incorrigible ivrogne et d'un homosexuel notoire...
Laisse le vent du Sud disperser la poussière
des campements détruits par le malheur des temps!
Mais au rude chameau laisse un arpent de terre,
pour qu'il puisse trotter dessus tout son content!
Là ne poussent que l'acacia et l'arbre à soie
et l'hyène et le chacal sont gibier de misère.
Des Bédouins, n'attends pas d'agrément,
quel qu'il soit,
car leur vie est aride comme le désert.
Laisse-les se nourrir du lait de bêtes maigres,
puisque, à leurs yeux, c'est le meilleur des aliments.
Et, lorsque le lait frais a tourné au lait aigre,
tu peux pisser dessus, sans inconvénient.
Mieux vaut un vin clairet, si agréable à boire
-courtoisement servi par un bel échanson-,
surtout s'il a longtemps mûri dans une jarre:
sans le secours du feu, on obtient sa cuisson.
Ce bon vin, on dirait qu'il gronde dans la jarre,
comme un curé qui marmonne devant la croix.
Tu le prendras des mains d'un garçon nasillard:
d'un petit de gazelle on reconnaît la voix.
Il a appris son art des soins de sa nourrice
et il s'épanouit, coquet et parfumé.
Quand il marche, on peut voir la lourdeur
de ses cuisses
et sa tunique se soulève à point nommé.
Qu'on lui donne du vin, pour qu'il se laisse faire
et dénoue, en jouant, ses pantalons bouffants.
Lors, prends-le dans tes bras, et tu seras content
de constater qu'il a tout ce qu'il faut pour plaire.
Ca, c'est la vie! Et c'est loin des tentes nomades...
C'est ça, la vie, et ce n'est pas boire du lait.
Qu'est le désert, auprès d'un merveilleux palais,
ou l'enclos à moutons -auprès des esplanades ?
Dame Censure, tu voulais me convertir ?
Désolé! Je ne tiens pas à me repentir...
Abû -Nuwâs (1998)Le vin, le vent, la vie. Actes Sud.
































