16 juin 2012

La mécanique cantique

O rage. Désormais la ville très mûre de ses plaies

nous enseignera

un culte nouveau.

Mais diront les hommes: sable!

où mènes-tu nos esprits d'hommes insoumis et

fragiles

là-bas aux confins des fanges

ou à l'arrachement des sèves de la terre ?

Et suffira-t-il pour nous de dérouler nos yeux sur le

dos du désert

ouvertures-auberge

pour que naissent à nos bras nos actes

à venir ?

Hélas! dira-t-il.

fnêtre-muraille-kasbah

Aux munitieux rugissement du désert s'élèveront

nos mains

et nos mains oscilleront

sous les rafales du vent

de toutes parts ce seront nos gestes et invocations

jusqu'au dernier ronflement du vent.

Hélas! dira le sable.

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Car suffirait-il aux hommes

de dérouler longuement leurs yeux sur le désert

luisant et versatile

suppliant

invoquant pour que leur soit fait don de l'acte?

Leurs doigts seront greffés au sable et leur front

obstruant

la transe du vent, car

qui seront-ils dans le désert ?

Hommes sans signes sans patronymes; hommes

de toutes saisons que tes siroccos

modèleront.

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Qui seront-ils dans le ventre du désert ?

-vers des cloaques vagissant sous les fouets du

Vent! -Alors,

qui seront-ils à l'épreuve du désert ?

Hommes sans noms sans liens hommes de toutes

saisons que tes cherguis

modèleront.

Extraits du recueil poétique de Rachid Khaless (2004), Cantiques du désert, L'Harmattan.

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11 septembre 2009

...qu'interrogation dans le vent...

Je n'étais qu'interrogation dans le vent
Et me suis fait mirage sans écho
Je suis vague et langage.

Un jour je me fondrai dans l'apocalypse et le brouillard
Laissant closes toutes les portes de l'infini en attente du diable.

Le fleuve des instants s'accroupit dans le jardin des fleurs.
Les bouches sont figées.
Elles n'expriment qu'une litanie
De tourment et de désespérance
Et l'immensité du passé nous lie au zéphyr et au zéro.
Rire encore et toujours
Provoquer les gouvernants
Refuser
Sentir la honte
Regretter ses fautes
Se réjouir
Vanter ses oeuvres
Mourir
Se révolter
Dire "non" au pouvoir
Dire "oui" à la révolution,
La liste est longue. Elle est vivace et froide.
Ici, ni mort, ni écho. Chacun est artisan de sa liberté.
En deçà le futur s'oxyde.
Même si tu médites longuement
Tu ne fais face qu'au vide.
Il n'est ni beau ni effrayant
Il est le chaos à l'origine de l'univers.
Il peut t'entraîner, sans que tu le saches,
Dans des paradis et des enfers que jamais tu n'as imaginés.
Le mieux est de nous résigner
Pour ne pas être victimes de ces dinosaures
Qui nuit et jour nous entourent
Ou de ceux qui nous font sursauter le matin
Lorsque nous prenons notre café
Et posons devant nous les clés rouillées du monde.

Florilège, poème de Jean Dammou, Irak.

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maniv0014  maniv0015  maniv0013

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Ces images ont été réalisées au bord de mer. A la manivelle. Le 16 août, j'ai publié en avant première une image issue de cette série ici

08 septembre 2009

Le mouvement du vacancier

Je passerai sur la terre m'extasiant

du bleuissement de ma stupeur


Inconséquent


Le doigts enchevêtrés dans maintes sinuosités

sans ciel

ni

terre je ferai la lecture de ce lieu

azuré

résolu à ne me préoccuper de rien d'autre

que d'un appel

Bleu d'endroit, poème de Salah Boussrif, Sur les traces d'un ciel.

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07 juin 2009

Préliminaires

Dis-moi, la Désirante

L'ordre de tes bienséances

Je saurai furtivement

Me substituer à mon ombre

Marcher vers tes pas

Au-delà de moi-même

Abdelkébir Khatibi, Aimance, Al Manar, 2003.

maniv20006

maniv20007
Cliquez sur l'image si affinités et plus...


15 janvier 2009

Comme un haïku ou un trois mâts

haiku1
haiku2

Aux couleurs de la nuit
vous chantez doucement.
Du noir sur le noir
voilà ma complainte.
Je trouverais de l'espoir
dans un seau de goudron.
Vous êtes les petits temples
incertains
de la certitude,
vous êtes des nids de poussière
tout juste bons
à étouffer le cri
pour quelque temps.
Je joue tout seul
sans partenaire,
ne fermez pas les yeux,
je vous parle peut-être
mais je n'en suis pas sûr.

Objets de pauvreté
vous êtes ma richesse
au cœur du désespoir.
Chaque chose a son histoire
elles parlent entre elles
pour raconter la mienne.
Vous êtes cadeaux d'abandon
cloués de parcelles de joie
en éclats brefs.
Fragiles animaux
en vos frêles bicoques,
vous jouez à des jeux idiots,
la tristesse et la douleur
n'en sont pas absentes.
Vous jouez avec moi,
et je joue avec vous,
ceux qui nous regardent
ont quelquefois
le sourire aux lèvres
alors nous avons gagné
au jeu de la vie.
Nous avons gagné un tour de plus.
De-ci de-là couci-couça
objets précaires vous parlez pour moi,
aujourd'hui j'ai envie de me taire.

L'alphabet des choses parle pour moi.
Bouche cousue
je vous parle en aveugle,
bouche cousue.
Silencieux est l'alphabet des choses,
c'est un spasme immobile
gelé par la colle.
Ce sont objets d'abandon,
bouquets de débris,
ce sont les murmures de l'errance,
travail des mains folles,
en crises.
Objets du hasard
je cherche un chemin
qui n'existe pas
dans une ville inconnue.
Des jalons pour demain
s'il veut bien exister.
Vous n'avez pas de sens
si ce n'est celui de ma tendresse.
Image d'enfance à jamais perdue.
Vous n'avez pas de sens
si ce n'est par vous
de retrouver l'étincelle
dans le regard de mon amie.
Beaux à mes yeux
comme un sourire dans un hôpital ;
fait de rien
fait de tout.
Vous êtes ma raison
vous êtes ma folie.
Vous êtes le fil sur lequel je marche
pour aller je ne sais où.
Un jour dans l'autre
attendant le miracle.
Je vous fais
je vous défais,
il n'est pas quotidien
loin s'en faut,
il est l'aumône
que la vie me fait parfois.
Je vous trouve comme
on vous a perdus,
pour chercher quelque chose
couleur d'imprévu.
Par un geste parfois
j'aide à votre rencontre.
Je scelle par un sourire
le mariage de la carpe et du lapin.

 

Louis Pons, extraits de "L'objet et le reste", réédition Fata Morgana, 2008.

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