La camisole des sources
(...)
Troublé et réduit à l'impuissance
Comme un oiseau tombé dans l'eau
Je m'accroche aux boucles de mon ombre
bercé par les vents les appels de l'aube:
Je ramasse les larmes de la défaite
L'archipel du commencement m'assaillit
Je trébuche sur le bruissement des mousses.
Forêts de rubis, soldats,
Restes de crânes et sabots
Je grimpe sur le toit de mon ciel
A l'écoute des confessions des oiseaux exhalant
Leur tristesse dans les nues.
Peut-être leur voix reviendra-t-elle dans mon sommeil
Ou mon feu s'illuminera-t-il dans les rides de la parole
Alors nous volerons de concert
Vers cet être ravageant mon coeur comme un ouragan
Qui se transformera en murmures de mon sang
Me prendra au dépourvu
Et donnera aux poussières de la honte
Son visage égal aux diamants
Ses sourcils, résonance de la splendeur
Sa gorge, été exhalant des troupeaux d'étoiles
Ses doigts, lunes
Ajournant leur exil dans l'accolade
Je plie sous la charge d'une roue tissée de soie
Il dit:
Labourez mon corps
j'ai voué mes noms au cierge de la vallée sacrée
Et offert mes montagnes et mes lumières
Aux fruits de l'incendie.
O lubricité nue
Conduis-moi vers le radeau de conque
Pour qu'il me transporte au pôle des lanternes
Et couvre mon corps de bracelets magnétiques
A son contact mousseux.
Il me disperse en flammes et se perd
Dans les passages de cendres.
Le calice sanglote sur la table des repentis
Un bruit de fleuve m'entraîne vers sa dernière demeure
Où l'eau de cristal m'enveloppe de ses cils de neige
Les baisers s'éloignent laissant leurs échos dans les gorges
Nous parcourons le rivage de la blessure
Et nous tombons sur les pointes des lances
Nous reprisons la camisole des sources
Et le soleil des désirs
Nous nous multiplions dans les grottes de la solitude
Et la ville comme une îcone court derrière moi.
L'espace est une constellation
Le soleil une grenade qui replie ses franges au couchant
Et les conclusions, des cris muets dans les couloirs de cendres.
Le poème est un nuage
Qui se pose sur mon épaule
Et il m'avale furtivement
Au bout de la route.
Driss Boudhiba, La Tristesse des herbes et des mots (en arabe)
Cet extrait du poète algérien Driss Boudhiba se trouve dans sa traduction française dans : Le poème arabe moderne. Anthologie établie et présentée par Abdul Kader El Janabi et préfacée par Bernard Noêl, 1999, Maisonneuve & Larose.
Vous pouvez accéder à la totalité des poèmes de cet ouvrage en cliquant tout simplement ici



