18 mars 2008
Pointillés de lumière
Que sommes-nous? Navires qui passent l'un près de l'autre dans la nuit,
chacun avec la vie sur les lignes des vigies éclairées
Et chacun sachant de l'autre seulement qu'il y a là de la vie
et c'est tout.
Navires qui s'éloignent pointillés de lumière dans les ténèbres,
Chacun indécis et diminuant de chaque côté du noir.
Le reste est la nuit muette et le froid qui monte de la mer.
Sois le fanal, sois la lumière au creux du verre,
Mais garde ta chaleur.
Les vents ne pourront pas te harceler au point
D'éteindre ta lumière,
Et ta chaleur ne viendra pas, se dispersant, à être
Un froid de par l'inutile infini.
Fernando Pessoa, Oeuvres poétiques, Bibliothèque de la Pléiade, Gallimard, 2001
Commentaires
C'est mieux de ne pas comprendre ce message de perles auréolé de lumière, qui garde ainsi sa part de mystère! Une somptueuse salutation venue du Sud qui fait chaud au coeur... Merci
Une parcelle d'infini
Ici est venu s'eclairer une parcelle d'infini...
Instant suspendu indéchiffrable et magnifique...
J'apprécie beaucoup cet ecrivain et poète; sa vie ; son oeuvre sa personnalité me touchent
"Les vents ne pourront pas te harceler au point de perdre ta lumière"
Malgré les agressions de vie la lumière ne peut se perdre ...jamais
Mais la société moderne est sournoise...elle endort ..la lumière s'égare et la conscience de cet égarement avec
Ce sont les paroles de Fernando Pessoa qui illustrent ta photo ou l'inverse ?
Je préfère la deuxième possibilité
Bises
'Moi je n’ai pas de philosophie, j’ai des sens…
Si je parle de la Nature, ce n’est pas que je sache ce qu’elle est
Mais parce que je l’aime, et je l’aime pour cette raison
Que celui qui aime ne sait jamais ce qu’il aime,
Ni ne sait pourquoi il aime, ni ce que c’est qu’aimer… »
………
«- Hola, gardeur de troupeaux,
sur le bas-côté de la route,
que te dit le vent qui passe ?
-Qu’il est le vent, et qu’il passe,
et qu’il est déjà passé,
et qu’il passera encore.
Et à toi que te dit-il ?
-Il me dit bien davantage.
De mainte autre chose il me parle, de souvenirs et de regrets,
et de choses qui jamais ne furent.
-Tu n’as jamais ouï le vent passer.
Le vent ne parle que du vent.
Ce que tu lui as entendu dire était mensonge,
Et le mensonge se trouve en toi. »
« Celui qui a entendu mes vers m’a dit : « Qu’y a-t-il là de nouveau ?
Tout le monde sait qu’une fleur est une fleur et qu’un arbre est un arbre. »
Mais moi j’ai répondu : « Tout le monde ? Voire…
Car tout le monde aime les fleurs parce qu’elles sont belles, et moi je suis différent.
Et tout le monde aime les arbres parce qu’ils sont verts et donnent de l’ombre,
mais pas moi.
J’aime les fleurs parce qu’elles sont des fleurs directement.
J’aime les arbres parce qu’ils sont des arbres, sans ma pensée. »
J'aime beaucoup ce qu'écrit Fernando Pessoa, mais tu le sais. Ce texte est particulièrement beau, et me parle, et me touche. Merci.
Quant à la photo... sublime encore une fois...
j'aime bien le texte mais je comprends pas tout...je suis plus habitué aux images O_o et cette photo me transporte, je la trouve complètement surréaliste, j'adore
Un beau texte pour la route.
amicalement
michel
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