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11 janvier 2009

Tension

"Photographier c'est mettre sur la même ligne de mire la tête, l'oeil et le coeur. C'est une façon de vivre."
Henri Cartier-Bresson


tension_de_l_arc

Cliquez sur l'arc pour mieux voir la cible...

Je voudrais parvenir au cœur
          Des choses, en toutes:
          Dans l'œuvre, les remous du cœur,
          Cherchant ma route.

  À l'essence des jours passés,
          Leur origine,
          Jusqu'à la moëlle, jusqu'au pied,
  À la racine.

          Des faits, des êtres sans arrêt
          Saisir le fil,
          Vivre, penser, sentir, aimer
          Et découvrir.

  Ô, le pourrais-je, je ferais,
          Fût-ce en fraction,
          Huit vers pour peindre les grands traits
          De la passion:

          Ses injustices, ses péchés,
          Fugues, poursuites,
          Coudes et paumes, imprévus
  À la va-vite.
 

 

Et je déduirais ses raisons
          Et sa formule,
          Je répéterais de son nom
          Les majuscules.

          En vers tracés comme un jardin
          Vibrant des veines
          Des tilleuls fleuris un à un
          En file indienne.

          J'y mettrais la senteur des roses
          Et de la menthe,
          Les prés, la fenaison, l'orage
          Au loin qui gronde.

          Tel des fermes, bois et jardins
          Et sépultures
          Le miracle enclos par Chopin
          Dans ses études.
 

 Le jeu du triomphe accompli
          Et son tourment,
          C'est la corde qui se raidit
          Quand l'arc se tend.

         

          (Poème de Boris Pasternak, 1956, traduit par Michel Aucouturier)
                   

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25 avril 2008

Dans l'étendue de la grande solitude

mehari

Quand je parcourus donc, et plusieurs fois, cette majâbat al-Koubrâ -littéralement : étendue de la Grande Solitude-, autrement nommée par d'autres (...), j'avais un but, selon moi essentiel et sans lequel aucun voyage n'a d'intérêt: l'étude scientifique. Et par là j'entends -mes carnets en témoignent- le ramassage systématique de tout artefact: insecte, plante, caillou ordinaire ou caillou dont la présence étonne, un répertoriage soigneux des roches, croquis descriptifs d'affleurements, dénombrement des cordons dunaires, puis aussi une numérotation efficace des échantillons prélevés, le compte rendu des températures, des heures de lever, de départ et d'arrivée, du nombre de traces de tel ou tel animal croisées, des quantités de boisson absorbées et restituées...Bref, de tout ce qui  constitue une vision scientifique du monde, jamais ou le moins possible dépendante de l'observateur, et se refusant systématiquement à tenir compte des états d'âme de celui-ci, de son degré de fatigue ou de ses velléités poétiques ou esthétiques dans des sites qui, fréquemment, mériteraient d'être plus accessibles aux peintres. Pour moi, cette étude scientifique que d'aucuns considèrent austère et charabiesque, est ce qui peut emplir un lieu vide à première apparence, donner un langage à l'indicible, enrichir un espace, si pauvre soit-il au premier regard et, cela n'est pas contradictoire, autorise parfaitement l'imaginaire, voire aide à le développer.

Théodore Monod (1996) Majâbat Al-Koubrâ, Actes Sud, Terres d'aventure, page 16

ecrit_ombre_20025

23 mars 2008

Couronne. Démocratie. Ecole...

Pour ce printemps de la poésie, j'ai choisi un florilège de courts poèmes d'un poète que je porte en mon coeur: Armand Monjo. Toutes ces pépites sont extraites de son recueil " Dires Brefs " publié en 1989 aux éditions Rougerie.
Les illustrations données en regard n'ont pas été faites de façon ad hoc pour prolonger l'écho de ces poèmes. Elles correspondent à un exercice sans autre prétention que ludique, sans aucune retouche numérique et sans signification particulière...Je me suis juste amusé avec trois papiers froissés récupérés dans la corbeille...

pfr1

Adieu

L'oiseau parti

la branche dit adieu

de la main

pfr2

Amants

Tristes amants

désaimantés

pfr5

Apprendre

Apprends du travailleur

l'économie du corps

de la danseuse

la liberté du corps

pfr4

Atlas

Lignes horizontales

sur le flanc de l'Atlas

chaque village s'inscrit

en écriture arabe

pfr6

Bonheur

Ne plus savoir

ce qu'il y aura après :

n'est-ce pas déjà

une approche du bonheur ?

pfr8

Bourgeons

L'arbre transi de froid

me regarde

de tous les petits yeux rouges

de ses bourgeons

pfr12

Contexture

Les nuances de verts

d'un olivier au repos

nous en apprennent plus

sur la contexture du monde

que le visage d'un banquier

en plein travail

Corbeaux

Mort je t'ai vue en plein été

implacable précise et lourde

dans un vol de corbeaux

Couleur

La couleur affirme et nie

la forme enlace

pfr21

Couronne

Sur la pierre

la plus déshéritée

la couronne royale

d'un lichen d'or

pfr23

Démocratie

Entre les vivants et les morts

pas question de démocratie

la majorité serait écrasante

Douceur

Sois doux avec les objets

ils te le rendront

pfr16

Ecole

Surtout ne pas faire école :

tout au plus inciter à la marche

mais chacun sa route

Imagination

Pauvre imagination

trop laissée en friche

Pauvres enfants privés

de l'école du rêve...

Fête

La fleur

est le jour de fête

de la plante

Graine

La graine

écarte ses barreaux

pour laisser s'évader

la vie

pfr17

Regards

Comme la paume de l'amant

sur le sein de l'aimée

posez votre regard

sur la peau du monde

Rouage

Entre dans la forêt

pour te sentir rouage

Science

La plus grande science

retarder la nuit

Sens unique

Rivière qui coule

amour qui passe

répètent que la vie

est à sens unique

pfr25

Seul

L'oiseau

ne chante jamais

pour lui seul

Silence

Méfie-toi du silence des oiseaux :

c'est qu'un épervier plane

Temps

Passé dépassé

futur intérieur

présent pressant

Victoire

Vois dans la moindre fleur

une victoire

sur tout le reste

Imagination

Il faut imaginaimer

pfr9

Nu

A la naissance

à l'amour

à la mort :

nu

Nuit

Les petits bruits

font la nuit immense

pfr13

Orateur

L'orateur rythmait

sa fanfare de mots

à grands coups de tsymboles

Oui

Des mots ronds

comme une bouche

qui dit Oui

pfr14

Pauvre

Vide qui ne sent pas

que tout est plein

pauvre qui ne voit pas

que tout est riche

Pessimisme

Pessimisme systématique :

alibi de paresse.

Supériorité

acquise au rabais.

Poésie

De la poésie

on n'a que la graine

Il faut du temps

de la terre et des larmes

Profit

Coupés de la vie

par l'obsession géométrique

du profit

Racines

Avec quelle économie de moyens

racines

vous faites éclater le roc !


***

Cliquez sur les images pour mieux les caresser du regard...




18 novembre 2006

Lentilles-lignes-liens

Michaux  ce grand poète passé à la peinture ou ce grand peintre venu de l'écriture justifiait dans Emergences-Résurgences son incessant va-et-vient entre les deux médiums en ces termes :

"Moi aussi, un jour, tard, adulte, il me vient une envie de dessiner, de participer au monde par des lignes.

Une ligne plutôt que des lignes. Ainsi je commence, me laissant mener par une, une seule, que sans relâcher le crayon de dessus le papier je laisse courir, jusqu'à ce qu'à force d'errer sans se fixer dans cet espace réduit, il y ait obligatoirement arrêt. Un emmêlement, ce qu'on voit alors, un dessin comme désireux de rentrer en lui-même.

(...)C'est la peinture chinoise qui entre en moi en profondeur, me convertit. Dès que je la vois, je suis acquis définitivement  au monde des signes et des lignes. Les lointains préférés au proche, la poésie de l'incomplétude préférée au compte rendu, à la copie.

Michaux

Les traits lancés, voltigeants, comme saisis par le mouvement d'une inspiration soudaine et non pas tracés prosaïquement, laborieusement, exhaustivement façon fonctionnaires, voilà qui me parlait, me prenait, m'emportait.

(...)Si je tiens à aller par des traits plutôt que par des mots, c'est toujours pour entrer en relation avec ce que j'ai de plus précieux, de plus vrai, de plus replié, de plus "mien", et non avec des formes géométriques, ou des toits de maisons ou des bouts de rues, ou des pommes et des harengs sur une assiette; c'est à cette recherche que je suis parti.

Difficultés. Enlisement. "

L'écriture photographique qui use de la lumière en lieu et place des outils du dessin ou de la peinture peut connaître les mêmes errances, les inévitables enlisements, éprouver les mêmes difficultés et se hasarder dans l'univers des surprises...

L'image photographique qui va suivre est issue de mes dérives récréatives...

Je vous l'offre en hommage à Michaux qui m'a appris entre autres que celui " Qui cache son fou, meurt sans voix".

lentilles_germees

6 janvier 2007

Quand la mer se retire...

Alternons sur un mode arbitraire images (faites sans alibi artistique) et  strophes du cimetière marin (de Paul Valéry)...

quand_la_mer_se_retire3

Ce toit tranquille, où marchent des colombes,
Entre les pins palpite, entre les tombes;
Midi le juste y compose de feux
La mer, la mer, toujours recommencée
O récompense après une pensée
Qu'un long regard sur le calme des dieux!

qand_la_mer_se_retire17

Quel pur travail de fins éclairs consume
Maint diamant d'imperceptible écume,
Et quelle paix semble se concevoir!
Quand sur l'abîme un soleil se repose,
Ouvrages purs d'une éternelle cause,
Le temps scintille et le songe est savoir.

quand_la_mer_se_retire4

Stable trésor, temple simple à Minerve,
Masse de calme, et visible réserve,
Eau sourcilleuse, Oeil qui gardes en toi
Tant de sommeil sous une voile de flamme,
O mon silence! . . . Édifice dans l'âme,
Mais comble d'or aux mille tuiles, Toit!

quand_la_mer_se_retire6

Temple du Temps, qu'un seul soupir résume,
À ce point pur je monte et m'accoutume,
Tout entouré de mon regard marin;
Et comme aux dieux mon offrande suprême,
La scintillation sereine sème
Sur l'altitude un dédain souverain.

quand_la_mer_se_retire11

Comme le fruit se fond en jouissance,
Comme en délice il change son absence
Dans une bouche où sa forme se meurt,
Je hume ici ma future fumée,
Et le ciel chante à l'âme consumée
Le changement des rives en rumeur.

quand_la_mer_se_retire10

Beau ciel, vrai ciel, regarde-moi qui change!
Après tant d'orgueil, après tant d'étrange
Oisiveté, mais pleine de pouvoir,
Je m'abandonne à ce brillant espace,
Sur les maisons des morts mon ombre passe
Qui m'apprivoise à son frêle mouvoir.

quand_la_mer_se_retire14

L'âme exposée aux torches du solstice,
Je te soutiens, admirable justice
De la lumière aux armes sans pitié!
Je te tends pure à ta place première,
Regarde-toi! . . . Mais rendre la lumière
Suppose d'ombre une morne moitié.

quand_la_mer_se_retire12

O pour moi seul, à moi seul, en moi-même,
Auprès d'un coeur, aux sources du poème,
Entre le vide et l'événement pur,
J'attends l'écho de ma grandeur interne,
Amère, sombre, et sonore citerne,
Sonnant dans l'âme un creux toujours futur!

quand_la_mer_se_retire13

Sais-tu, fausse captive des feuillages,
Golfe mangeur de ces maigres grillages,
Sur mes yeux clos, secrets éblouissants,
Quel corps me traîne à sa fin paresseuse,
Quel front l'attire à cette terre osseuse?
Une étincelle y pense à mes absents.

quand_la_mer_se_retire7

Fermé, sacré, plein d'un feu sans matière,
Fragment terrestre offert à la lumière,
Ce lieu me plaît, dominé de flambeaux,
Composé d'or, de pierre et d'arbres sombres,
Où tant de marbre est tremblant sur tant d'ombres;
La mer fidèle y dort sur mes tombeaux!

quand_la_mer_se_retire20

Chienne splendide, écarte l'idolâtre!
Quand solitaire au sourire de pâtre,
Je pais longtemps, moutons mystérieux,
Le blanc troupeau de mes tranquilles tombes,
Éloignes-en les prudentes colombes,
Les songes vains, les anges curieux!

quand_la_mer_se_retire21

Ici venu, l'avenir est paresse.
L'insecte net gratte la sécheresse;
Tout est brûlé, défait, reçu dans l'air
A je ne sais quelle sévère essence . . .
La vie est vaste, étant ivre d'absence,
Et l'amertume est douce, et l'esprit clair.

quand_la_mer_se_retire19

Les morts cachés sont bien dans cette terre
Qui les réchauffe et sèche leur mystère.
Midi là-haut, Midi sans mouvement
En soi se pense et convient à soi-même
Tête complète et parfait diadème,
Je suis en toi le secret changement.

quand_la_mer_se_retire8

Tu n'as que moi pour contenir tes craintes!
Mes repentirs, mes doutes, mes contraintes
Sont le défaut de ton grand diamant! . . .
Mais dans leur nuit toute lourde de marbres,
Un peuple vague aux racines des arbres
A pris déjà ton parti lentement.

quand_la_mer_se_retire9

Ils ont fondu dans une absence épaisse,
L'argile rouge a bu la blanche espèce,
Le don de vivre a passé dans les fleurs!
Où sont des morts les phrases familières,
L'art personnel, les âmes singulières?
La larve file où se formaient les pleurs.

quand_la_mer_se_retire5

Les cris aigus des filles chatouillées,
Les yeux, les dents, les paupières mouillées,
Le sein charmant qui joue avec le feu,
Le sang qui brille aux lèvres qui se rendent,
Les derniers dons, les doigts qui les défendent,
Tout va sous terre et rentre dans le jeu!

quand_la_mer_se_retire2

Et vous, grande âme, espérez-vous un songe
Qui n'aura plus ces couleurs de mensonge
Qu'aux yeux de chair l'onde et l'or font ici?
Chanterez-vous quand serez vaporeuse?
Allez! Tout fuit! Ma présence est poreuse,
La sainte impatience meurt aussi!

quand_la_mer_se_retire25

Maigre immortalité noire et dorée,
Consolatrice affreusement laurée,
Qui de la mort fais un sein maternel,
Le beau mensonge et la pieuse ruse!
Qui ne connaît, et qui ne les refuse,
Ce crâne vide et ce rire éternel!

quand_la_mer_se_retire1

Pères profonds, têtes inhabitées,
Qui sous le poids de tant de pelletées,
Êtes la terre et confondez nos pas,
Le vrai rongeur, le ver irréfutable
N'est point pour vous qui dormez sous la table,
Il vit de vie, il ne me quitte pas!

quand_la_mer_se_retire15

Amour, peut-être, ou de moi-même haine?
Sa dent secrète est de moi si prochaine
Que tous les noms lui peuvent convenir!
Qu'importe! Il voit, il veut, il songe, il touche!
Ma chair lui plaît, et jusque sur ma couche,
À ce vivant je vis d'appartenir!

quand_la_mer_se_retire16

Zénon! Cruel Zénon! Zénon d'Êlée!
M'as-tu percé de cette flèche ailée
Qui vibre, vole, et qui ne vole pas!
Le son m'enfante et la flèche me tue!
Ah! le soleil . . . Quelle ombre de tortue
Pour l'âme, Achille immobile à grands pas!

quand_la_mer_se_retire22

Non, non! . . . Debout! Dans l'ère successive!
Brisez, mon corps, cette forme pensive!
Buvez, mon sein, la naissance du vent!
Une fraîcheur, de la mer exhalée,
Me rend mon âme . . . O puissance salée!
Courons à l'onde en rejaillir vivant.

quand_la_mer_se_retire24

Oui! grande mer de délires douée,
Peau de panthère et chlamyde trouée,
De mille et mille idoles du soleil,
Hydre absolue, ivre de ta chair bleue,
Qui te remords l'étincelante queue
Dans un tumulte au silence pareil

quand_la_mer_se_retire18

Le vent se lève! . . . il faut tenter de vivre!
L'air immense ouvre et referme mon livre,
La vague en poudre ose jaillir des rocs!
Envolez-vous, pages tout éblouies!
Rompez, vagues! Rompez d'eaux réjouies
Ce toit tranquille où picoraient des focs!

quand_la_mer_se_retire26

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14 janvier 2007

Trois points de suspension...

Soirs de bourres et d'écumes

dans un lâcher d'étés:

comme si s'était accoudé en nous le vertige

dans la montée basanée de l'histoire,

au solstice de quelque chose de déjà trop précoce

et comme s'il s'était agi d'un retard du réel,

de sa défection latente,

d'un liseré de poussière déterminant

le jour juste sous la paupière,

fraction ou décimale ajoutée à quelque lumière

comme d'en distraire la vitesse,

quart obscur sur lequel,

tournoyant et tournant,

l'écriture se rejoue,

bille, toupie, cerceau.

Trois_points_de_suspension

J'ai longtemps marché sur des échasses,

comme à proximité de moi

assez

suffisamment pour savoir

la taille exacte de l'enfance:

elle est grande, très grande et rien ne lui ressemble,

sauf peut-être l'infiniment petit

tapi dans l'écriture dont elle était l'errance.

Françoise Delcarte (1936-1995): Levée d'un corps d'oubli sur un corps de mémoire.

21 janvier 2007

Aux confins de l'infini...

(…)
Je me suis mis en route pour Erfoud.
Timadriouine.
Tinerhir.
Aït Aissa-Oubrahim.
Désert rouge : poussiéreux, pierreux, rocheux.

photoeil0010

Un peu plus loin, le rouge du désert vire au jaune. Plus loin encore, c’est une étendue de pierres noires, métalliques. Ici et là, de petites volutes de sable, tournoyant et tourbillonnant à travers tout le paysage.
A Erfoud, je vais à une station-service demander le chemin de Merzouga.
En entendant « Merzouga », un homme se précipite vers moi.
« Promenade aux dunes ?
- Non, seulement le chemin de Merzouga. »
Il s’apprête à me répondre quand une voix autoritaire le rappelle à l’ordre.
« Je ne suis pas guide, dit-il brusquement. Je ne connais pas. Le guide, c’est lui. Il connaît le chemin. »
L’autre type s’approche et pousse le premier sur le côté d’un geste brutal.
« Promenade aux dunes ?
- Non, merci. »
Je recueille finalement l’information auprès d’un passant. Il fallait aller jusqu’au  bout du
macadam. Puis on devait suivre une piste jalonnée tous les cent mètres par de petits piquets vert et blanc.
Dunes roses sur l’horizon.

photoeil0005

J’arrive à la Kasbah Oudika.
Un bâtiment en pisé. Neuf chambres. Toit en troncs de cèdre et de bambou. Dans l’entrée, une cage avec trois perroquets.
La kasbah Oudika était la propriété d’un Français, Michel.
Dans sa famille,  la tradition voulait que les hommes s’engagent dans les compagnies méharistes du Sahara. Michel était donc entré à la prestigieuse école militaire de Saint-Cyr. Mais, pour des raisons de santé, il avait dû abandonner. Sans jamais oublier le désert. Après quelques années, il avait réussi à ouvrir cette auberge au bord du néant.

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J’étais assis dans la salle principale, en train de boire un café après mon repas, quand un Anglais  entra, la septantaine énergique, guide de son état et sûr de lui, parlant fort, accompagné d’une touriste américaine, une femme d’environ trente-cinq ans. Ils s’assirent à une table derrière moi.
« Enfin, de l’eau – j’ai eu soif toute la matinée.
-Mais il y avait des tonnes d’eau dans le coffre.
-Je n’en savais rien.
-Vous n’avez pas dit que vous vouliez de l’eau.
-J’ai demandé où elle était. »
Un silence, lourd d’une certaine tension, dans les relations diplomatiques anglo-américaines.

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A six heures, j’étais allongé dans le patio sous un figuier, quand le vent se leva. D’abord un souffle, puis un sifflement, puis un hurlement. Peu après, l’orage éclata : éclairs, tonnerre, pluie. De la porte du jardin, je pouvais voir des lumières de phares disséminées au loin dans la masse grise et venteuse : tantôt une isolée, tantôt une longue file irrégulière.
Avant le dîner, conversation entre des Français de Perpignan :
« C’est trop simpliste d’être religieux, mais c’est  trop simpliste de dire qu’il n’y a rien…Ce qui me gêne, ce sont les gens trop sûrs : il y a, il n’y a pas…Je réfléchis beaucoup…Il me semble qu’il doit y avoir  «quelque chose » - entre guillemets…Je ne crois en rien que je puisse me représenter…Ceux qui croient qu’on vit et qu’on meurt, je crois moi que le cycle est plus général que ça…L’important, c’est de se poser des questions.»

photoeil0016

Non, ma petite dame, l’essentiel, c’est d’aller au-delà des questions.
Dans le désert.
A cinq heures le lendemain matin (…) j’ai commencé à marcher vers le sud. C’était l’aube.

photoeil0004

Seuls le vent qui soufflait et le picotement du sable sur ma peau. Puis le soleil apparut, palpitant, jetant ses rayons, faisant naître des ombres le long des lignes pures, creusant les courbes, tandis que le vent continuait à soulever le sable en une fine fumée au-dessus des crêtes.

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Dans son Livre des merveilles, Marco Polo parle du « chant des dunes ». Il dit qu’en traversant le Gobi il entendait « les esprits parler », ainsi que « le son de plusieurs instruments surtout des tambours ». Les  Touaregs évoquent le même phénomène, qu’ils appellent « la voix des morts ». Des hommes des compagnies méharistes françaises disaient aussi l’avoir entendu.

photoeil0003

Je n’ai entendu, pour ma part, aucune musique. Seulement un silence brûlant.

Kenneth White (2006) Le rôdeur des confins, Albin Michel.

22 mars 2007

Résurrection des fleurs sauvages

Principes du printemps

Il revint, musette au flanc ; sa mule

interrogeait la mort serpente :

le chaos fouaillait à sa rétine

en chocs, en erres démentes.

Effeuilleur d’orages où niche l’amante !

demande au vent l’écrit brûlé,

le solstice et la détente

du colibri et de l’effraie !

Il te porte un éclair en anneaux de noctuelles,

un diadème d’aubes blanchies

aux fureurs des crépuscules,

faucheuse gammée d’estocs, d’amers

Cicones !

quand tu l’égouttes en lucioles

à la racine des menthes.

Mohammed Khaïr-Eddine, Résurrection des fleurs sauvages, 1981.

arabesque_fleurie

29 juin 2007

Le chant a cappella de la vie

photoeil

L’or des jours

On a chanté la ville ses éclats
de voix de lumière de rire
on a chanté ses peuples
ses cours ses miracles

le tremblement de l'eau
de l'oiseau ou de l'herbe
la lente sauvagerie végétale

la Beauté de tout bord
et on l'a injuriée.

On a chanté les labyrinthes
où se perd le chanteur
qui se cherche et se plaint

le moi ses mille et un mensonges
ses manies ses petites morts
et sa langue mielleuse

l'intervalle divin du silence
le soupir dans lequel s'épanouit
le sourire du bouddha

Tous les chants sont usés
mis en boite
en cubes en disques en vers
réduits développés chiffrés
déchiffrés
criés balbutiés éructés
ânonnés
archivés

reste
l'enfantine la claire
l'obscure
nécessité de chanter

                            chaque instant veut l'éternité du chant

Je chanterai l'olivier stérile
penché sur l'abîme aux pentes vertes
je descendrai
             entre les châtaigniers
                                les chênes,
                                            les ronces
                                                    les bouleaux
et tous les entrelacs végétaux anonymes
unis pour entraîner les anciennes terrasses de pierre
que les hommes d'autrefois avaient maçonnées de leur sueur

j'irai jusqu'au cours d'eau
qui ne voit jamais le soleil

Je chanterai le cocotier velu
ses palmes jaunissantes
sous sa tête verte

Je chanterai le figuier célibataire
un peu plus haut chaque année
ses fruits à peine formés qui
tombent au sol et je chanterai ses racines
qui préparent en secret
l'effondrement de la maison

je chanterai le pêcher frêle
que ses quatre pêches épuisent

le laurier sombre et parfumé
qui descelle pierre à pierre l'ancien mur

je chanterai le rosier survivant
sans fleurs sans feuilles
branche sèche dans la terre
lançant dans le ciel
de jeunes tiges vertes
hautes et presque nues

la sauge nouvelle
lentement jaillie
d'un pied qui paraît mort

le citronnier en pot
qu'on rentre pour l'hiver

je chanterai aussi
le bourdonnement des insectes
la chute brutale et prématurée d'une figue
je chanterai le chant
des oiseaux leurs pépiements
leurs gazouillis leurs cris leurs croassements
le chant des cigales
le chant du vent
le saut du chat dans l'herbe sèche

et tant pis si nos bras
sont trop petits les mots
trop rares trop
pauvres pour embrasser
l'étendue et la multiplicité
d'une seule seconde
de perception

même si
mon chant passe aussi vite
que ce qu'il chante

même si
nul ne l'écoute jamais

même si
je dois chanter sans bouche
sans voix sans art
sans mot presque
je chanterai
chaque aujourd'hui

Marie-Florence Ehret, L'or des jours, Dumerchez.

8 juin 2007

La vie jusqu'à la lie...

Comme un essaim...

Comme un essaim au seuil de la vraie porte,

je fais mon jour,

avec la peur comme escorte.

Les bleus genêts du  temps

recouvrent

le chemin du retour.

Qui me rendra mésanges à ma portée,

qui me rendra les blancs cristaux de mes années ?

O pain ma lampe éteinte

et dont le feu se consume

puis, brusquement, comme une plainte

se rallume !

Qui me rendra la forme juste des plaies,

le fleuve nonchalant où les courants succombent

et l'arbre nu pour la lumière

et les petits tueurs avec leur fronde

et le verre qu'on ne finit jamais de vider ?

Jean Cayrol

Fond

10 avril 2007

Cimetière du Père Photoeil

tombes_dans_le_desert

A écrire

dans le sillage de ta voix

en Désert de deuil

quand les hommes en signe d'amertume

effacent le sable de ses traces

en traversées de silence

le verbe en basalte de cris impudents

sur le versant des catacombes

le temps

en poussière de Désert

que la liberté des dunes

emporte vers l'inconnu des marais

Abdelhak Serhane (2001) Les dunes paradoxales, éditions Tarik.

24 février 2007

Mélodie bleue

SUR LES AILES DE LA MUSIQUE

         Il aurait dit sans doute que la radio était allumée depuis longtemps mais il n'y prêtait guère attention dans les allées et venues, les appels, les conversations d'un étage à l'autre qui préparaient le départ. Mais soudain ! Quelle musique tout autre! Deux voix de femmes qui se répondent avec une majesté et une simplicité qu'il n'eût jamais supposées possibles. Un dialogue, mais qui serait tout autant un jeu d'échos, de reflets tant la seconde voix paraît retracer, du point où elle l'écoute, la forme de la première, bien que non sans une ombre d'hésitation quelquefois, qui ressemble à de la tristesse. - En viendra-t-il à penser, lui qui écoute aussi, maintenant, et avec déjà quelle fièvre ! que c'est comme une montagne qui se réfléchirait dans un lac, dont l'eau ne se riderait qu'avec beaucoup de douceur, troublant à peine l'image ? Ou comme une couleur - un rouge presque grenat, hanté de bleu - qui a trouvé dans une autre, étendue auprès, la consonance qui ne défait pas pour autant sa solitude, son repli sur soi, son silence?  Mais ce serait alors se fermer à l'impression qui le gagne aussi, d'un changement que la plus jeune des voix introduit quand même dans la figure de l'autre; et qui fait que ce signe est modifié peu à peu, jusqu'au moment où peut-être, sans qu'on l'ait su à temps, il sera devenu tout à fait autre. Non,  ce n'est pas une eau qui dort, ce répons, c'est un fleuve en son haut pays, et l'amont va prendre fin, un matin, l'eau va couler dans des terres basses où la cime qui s'y redoublait hier encore ne sera plus aux lointains que ce rouge ou bleu qui s'embrume. Ce chant a en lui le mystère de la répétition infinie, mais il est aussi une attente, il connaît l'angoisse de la durée.

YVES BONNEFOY (1987) L'origine de la parole, publié dans Récits en rêve, Mercure de France.

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11 février 2007

Apprentissage

Le marabout m'avait prévenu:

"Le désert, c'est un apprentissage" et assurément malin lettré, il ajouta:

"Retiens le mot apprentissage, apprends, tisse, age. Pour connaître le désert, il faut l'apprendre. Pour l'apprendre, il faut savoir en tisser toute la réalité, et pour faire l'oeuvre qui alors lie d'une trame croisée le ciel à la terre, il faut savoir attendre, prendre de l'âge."(Desen Paveert)

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12 novembre 2006

Patience, patience, patience dans le désert!

Palme

De sa grâce redoutable

Voilant à peine l’éclat,

Un ange met sur ma table

Le pain tendre, le lait plat ;

Il me fait de la paupière

Le signe d’une prière

Qui parle à ma vision :

- Calme, calme, reste calme !

Connais le poids d’une palme

Portant sa profusion !

Pour autant qu’elle se plie

A l’abondance des biens,

Sa figure est accomplie,

Ses fruits lourds sont ses liens.

Admire comme elle vibre,

Et comme une lente fibre

Qui divise le moment,

Départage sans mystère

L’attirance de la terre

Et le poids du firmament !

Ce bel arbitre mobile

Entre l’ombre et le soleil,

Simule d’une sibylle

La sagesse et le sommeil.

Autour d’une même place

L’ample palme ne se lasse

Des appels ni des adieux…

(…)

Paul Valéry, Charmes, Bibliothèque de la Pléiade, Tome I, pages 153-156.

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3 janvier 2009

Lumière sur Lumière

J'ai toujours aimé m'amuser en réservant sur un film quelques poses pour des surimpressions au moment de la prise de vue. Mais cet exercice ludique  qui n'exclut pas l'aléatoire vaut-il encore la peine quand on considère le nombre foisonnant de logiciels qui permettent de superposer toutes les images possibles et inimaginables ?
Je pense que oui. Car les contraintes et les possibilités sont différentes. Et le rendu final (grain, saturation des couleurs, illusion de profondeur...etc.) aussi.
Dans la série que je vous propose, j'ai disposé mon appareil argentique manuel sur trépied. J'ai opéré les réglages nécessaires pour répartir la lumière équitablement entre les deux images. J'ai ensuite procédé à la première prise de vue en faisant une mise au point nette. J'ai armé l'appareil sans faire avancer le film et effectué la seconde prise de vue tout en veillant à introduire beaucoup de flou (ouverture plus grande du diaphragme et manipulation de la bague des distances).
C'est cette variation sur le contraste net/flou entre les deux poses qui engendre cet effet de volume si particulier et que l'on désigne par "enveloppé" (perceptible des fois sur la ligne d'horizon et sur les sujets mouvants )...

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5 janvier 2009

Lumière sur Lumière II

surimp0015surimp0016(...) Paradis vient d'un mot persan qui signifie jardin. Ce jardin m'enseigne  quotidiennement quels diadèmes matutinaux il recèle et quels souffles nocturnes complotent pour éteindre, en moi et hors de moi, le quinquet vacillant. Le jour est parfois ma nuit et la nuit soudaine fulguration, triomphe archaïque du harpon  d'ivoire ou du soc  au métallique éclat. Le poème naît tantôt de l'accord harmonique, tantôt de cette fêlure qu'on sent en nous, de cette  tragique discontinuité qui, à jamais, nous interdit de nous motter au creux des choses, telles des perdrix au ras des labours gelés, dans l'attente instinctive d'on ne sait quel soleil ragaillardi.
Heureusement, le lieu où l'on passe est toujours fondateur, et exaltant le regard porté sur lui. Marais ou moissons, garrigues ou toundras, peu importe. En cela, l'homme qui débarque sur la lune, dans un paysage exclusivement minéral, revit l'épreuve initiatique de tous les matins humains, le baptême de la lumière comme on dit qu'il existe, pour les combattants, un baptême du feu. Remarquons à quel point les grands espaces laissés intacts par nos entreprises prométhéennes stimulent notre onirisme géographique, lui offrant des pertuis par où nous avons hâte de nous échapper. Torrides ou glacés, les déserts sont peuplés de portes ouvertes!(...)

Guy Féquant, La lampe d'argile, carnet d'un marcheur, éditions la manufacture, 1992, page 71.

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8 janvier 2009

Pas même un grain de quartz dans le sable

P1090930P1090929Comme je vous l'avais signalé dans un billet précédent, le désert peut être exceptionnellement bien arrosé par les pluies et fleurir de toute beauté. Mais, ce n'est pas toujours le cas. Sur la durée, c'est l'eau qui fait cruellement défaut. Mais il arrive que des pluies diluviennes suivies de tempêtes emportent tout sur leurs passages. C'était le cas dans la nuit du 26 au 27 mai 2006. Plusieurs maisons et auberges furent rasées de la carte. On peut se faire une idée de l'importance des dégâts ici.
Les images qui vont suivre ont été faites fin décembre 2008. Elles montrent ce qui reste d'une auberge de charme qui était tenue par une italienne. On peut apprécier l'état des lieux avant la catastrophe ici . Il était question de restaurer ce riad courant 2007 mais la propriétaire a fini par jeter l'éponge et regagner l'Italie.

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Pour entrer en résonance avec les images, j'ai emprunté, avec son aimable accord, un poème de Nicolas Vasse intitulé : Symphonie n°1 Troisième mouvement : Le Chaos

A l’origine un seul instant tordait son feu sur diverses latitudes
 A l’origine l’ombre n’existait pas le noir ne portait ni son nom ni sa robe
A l’origine une pupille de lumière une fissure dans l’unité

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Alors l’on c’est-à-dire nous les hommes nous nous emballons

 

Nous sans autres désirs que d’être sans mort nous pensons

 

Au paradis à l’enfer à l’entre-deux ou même au vide au noir

 

A l’origine l’ombre n’existait pas le noir ne portait ni son nom ni sa robe

 

Mais de tant de siècles de tant de naissances et de morts de tant de nous

 

Il ne restera pas même un grain de quartz dans le sable pas même une larme dans la mer

 

A l’origine une pupille de lumière une fissure dans l’unité

 

Le soleil laissera tant de nous l’ombre couvrira nos mots d’une grande seconde

 

D’une escorte de tempêtes d’éclairs et de nuages gonflés furieux

 

Mais de tant de siècles de tant de naissances et de morts de tant de nous

 

Il ne restera pas même une langue pas même une pensée pas même un système

A l’origine un seul instant tordait son feu sur diverses latitudes
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Sans cesse paroles sincères peu ou prou peu importe sans cesse des mots perdus

 

Des mots sans parents des mots orphelins sans cesse ils veulent y revenir

 

A l’origine à l’instant de lumière des mots d’enfants sur un linceul déjà pendu séché

 

Sans cesse volubiles dans une toile de rues dans un chagrin de désespoir et perdus

 

Des orphelins qui pleuraient l’origine le tout la matrice des mondes le premier son

 

Dans ce silence de fou de ruines de châteaux lactés de mines à ciels ouverts

 

Dans ce silence de moribonds ils parlaient de mystères de clés d’énigmes

Des orphelins cherchaient un sens et des mots où jeter leur rêve du premier son
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A l’origine un seul instant tordait son feu sur diverses latitudes

 

A l’origine l’ombre n’existait pas le noir ne portait ni son nom ni sa robe

A l’origine une pupille de lumière une fissure dans l’unité

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Quelques danseurs naissent différemment loin de la douleur loin de l’angoisse

 

Quelques danseurs amènent un ventre rayonnant un soleil parmi les astres

 

Quelques danseurs éclatent de rires et lancent des instants de lumière

 

Ils jouent d’instruments exotiques et passionnants ils jouent différemment

 

Et sous un arbre à l’abri les millions d’orphelins écoutent et se rappellent

 

Ecoutent et entendent le seul secret et la seule musique du premier son

 

Ils jouent d’instruments à vents et à cordes et les chevauchent comme mages mongols

 

Ils dansent aux yeux de tous et tendent des millions de mains des millions de cœurs

 

Comme autant de traits à l’éclat de rubis dans l’ombre qui avance une robe si noire
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Les pierres remplissent les cascades l’eau meugle infernale se disperse en terre

 

Les pierres démunissent les montagnes les temples les coffres à jouets

 

Les pierres se dévissent s’en vont laissent passer l’air sereinement roi

 

Les oiseaux tus le silence apparaît intangible et végétal
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Alors l’on c’est-à-dire nous les hommes nous nous emballons

 

Nous sans autres désirs que d’être sans mort nous pensons

 

Au paradis à l’enfer à l’entre-deux ou même au vide au noir

 

Quand nous ne serons plus quand la pluie lavera nos restes

 

Nous ne penserons plus nous serons nullipares

 

Nous sans autres désirs que d’être sans mort nous saurons

 

Qu’à l’origine il y avait un silence avant la symphonie

 

Rien de plus et nous errerons orphelins curieux abrutis

 

Nous dandinerons allègrement d’en savoir un peu plus

 

Sur cette danse au ventre rayonnant nous nous emballerons

 

Des confiseries aux couleurs de printemps et d’été

 

Des alcools d’hiver et des souvenirs d’automne

 

Sur cette danse au ventre rayonnant nous nous panserons

 

Mais de tant de siècles de tant de naissances et de morts de tant de nous

 

Il ne restera pas même un grain de quartz dans le sable pas même une larme dans la mer

 

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12 janvier 2009

Face de lumière

En fin de journée, il est pratiquement impossible de trouver un petit pan de dune jaune exempt de toute empreinte humaine ou animale. Pour que les dunes retrouvent un tant soit peu leur fraîcheur virginale et leur superbe, il faut laisser la nuit au vent pour qu'il oblitère toute trace...
Ce matin, nous avions comme objectif d'atteindre la plus haute dune. Je prenais les devants pour bénéficier de lignes de crêtes non piétinées.

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Chemin faisant, j'ai aperçu au loin sur le flanc de la dune opposé au soleil un jeu d'ombre et de lumière qui évoque une figure humaine de profil.

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7 mars 2009

Virée dans le haut Atlas: épisode 2

Après une nuit au gîte d'Ourthane, nous avons décidé de rejoindre Amellago via Rich en empruntant la R 503 qui passe par Azerzou, Aghbalou-n-Serdane, Boumia, Zeïda et Midelt. Au départ, le ciel était nuageux et me rappelait tout bonnement une charte de gris. Mais cette tendance n'allait pas tarder à s'esquiver pour faire place nette à un soleil radieux. A vrai dire, nous avons bénéficié tout le long de cette virée d'un temps magnifique! L'hiver a ses avantages. La terre se révèle belle dans sa nudité,  les arbres respirent la propreté, les couleurs sont saturées à souhait...Tout le contraire de l'été où l'intensité de la lumière se conjugue avec la poussière pour écraser les paysages et estomper l'éclat des couleurs...Tout le long de notre parcours, les verts et les ocres étaient ravissants de tendresse. Je vous laisse apprécier les images de ce second épisode.

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P1110332A un détour de la route, Houssa nous invite à un arrêt pour admirer le paysage qui s'offrait à nos yeux en précisant :" Cette petite  maison que vous voyez à droite au premier plan de la colline  est celle que M.P. rêve d' acquérir pour sa retraite..."


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P1110364A peine arrivés à Midelt, nous nous sommes lancés à la recherche d'une petite gargotte pour répondre à l'appel de nos ventres qui commençaient à crier famine. Nous avons opté pour des tagines de chevreau ou d'agneau. Le lieu ne paye pas de mine mais la nourriture était délicieuse.  Et pour respecter la tradition, nous avons fini par déguster un thé à l'absinthe.

Les clichés qui suivent donnent une petite idée du décor de ce restaurant populaire!


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En quittant Midelt pour atteindre Rich, le paysage gagne en désertification. Les terres sont moins riches. Et le souffle du désert se fait sentir.

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Arrivés au croisement qui permet de choisir de continuer vers Rachidia ou de bifurquer à droite vers Rich, nous avons pris le temps de nous arrêter pour prendre un café dans l'air de repos d'une station service. Ne raffolant pas de café (en dehors de celui que je prépare chez moi), j'en ai profité pour aller glaner quelques images tout autour!

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La traversée de Rich s'est faite sans encombres. Nous avons continué notre route en direction d'Amellago où coule pas loin l'oued Gheris. La nuit nous l'avons passée dans le gîte de Moha qui se trouve à Ayt Ayyoub.

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17 janvier 2009

wc-douches kit en vain

douche7A proximité des aires pour bivouac, certains aubergistes ont aménagé des espaces toilettes-douches. Probablement des kits importés de l'étranger. Avec le temps et l'avancée irrémédiable du sable, ces installations deviennent caduques. Le sable s'insinue de partout, bouche les trous d'évacuation et remplit les vasques des lavabos...
Les musulmans ont depuis longtemps trouvé la parade à ce problème puisque quand l'eau fait défaut, ils peuvent faire leurs ablutions rituelles avec du sable!

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10 mars 2009

Virée dans le haut Atlas: épisode 4

P1110515P1110529L'épisode 4 sera consacré à la remontée du canyon. Les arrêts photos étaient nombreux car nous ne savions plus où donner des yeux et de la tête! Les petites parcelles cultivées qui longeaient de part et d'autre la rivière ressemblaient à un tapis en fleurs. A un moment, la route surplombe le marabout Sidi Yahya ou Mousa. C'était dimanche et les écoliers avaient école. Passage par Assoul avant d'entamer le col de Tizi Tirhehouzine. A hauteur de ce col, un petit café fermé dont les portes peintes sont une véritable galerie à ciel ouvert! J'ai même découvert une voiture gravée dans la pierre! Arrêt déjeuner à l'auberge de Brahim au magnifique village d'Agoudal qui a su garder son cachet (en dépit des poteaux électriques qui gâchent le paysage mais l'électrification est une bénédiction pour la population de ces rudes contrées éloignées).

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5 mars 2009

Virée dans le haut Atlas: épisode 1

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Pour des raisons de gestion du temps, je n'ai pu assister à la troisième édition du festival Mer et Désert de Dakhla. La solution de rechange qui a été adoptée est une virée dans le haut Atlas. C'est cette petite escapade que je compte vous décrire en images au fil des jours qui vont suivre. Mais commençons par le commencement.

P1110109Partis à deux de Fès (Gérard Bayssière et votre serviteur), nous avons rejoint notre point de ralliement : le gîte de Ourthane situé dans la région de Zaouit Cheikh. Après une brève mise à jour culinaire et un excellent verre de thé, nous sommes allés marcher sur les hauteurs et admirer des paysages saturés de vert (il a bien plu durant les deux premiers mois de l'année comme le montre le tableau accroché au gîte). Je vous donne à voir la série d'images faite à cette occasion. C'est du brut de décoffrage! Il n'y a aucun alibi artistique. Vous aurez droit pêle-mêle aux arrêts sustentation, aux pauses thé ou café et autres urgences...

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P1110300De retour au gîte à la nuit tombée, le feu crépitait dans la cheminée! Nous avons dîné (au menu: un couscous aux herbes de l'Atlas spécialité de Mouna) en compagnie de deux géologues, d'un historien et d'un spécialiste de toponymie. Autant vous dire que la discussion était plus que passionnante! La suite dans les prochains épisodes...Et n'oubliez pas de cliquer sur les petites images pour élargir le champ de votre vision!

Meredith_MonkPour l'accompagnement musical, j'ai choisi de vous faire écouter des plages vocales de l'artiste Meredith Monk. Toutes issues de son CD : Atlas.





19 janvier 2009

Le cercle des poètes s'élargit

Pour élargir ce cercle, rien de plus simple!

Du sable, un brin d'herbe sismographe et le souffle éolien de votre imagination...

Choisissez votre fusée horaire et assumez votre libre orbite...

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Cliquez sur chaque image pour en élargir le cercle


P1090691Aujourd'hui mardi 20 janvier 2009, réouverture de too banal avec un billet intitulé " Tableau de chasse ". A bientôt !

25 janvier 2008

Iconostase

Lumière de loin.

Je voudrais t'insuffler la fraîcheur
    capillaire par capillaire
que t'enfantent le glissement de l'air
    et le resserrement
des papilles            te faire des mots verts
    au matin des mots
que tu aies envie de toucher de broyer
t'écrire avec les ongles dans l'âge paresseux
    des roches
dans les yeux -
te convaincre de la terre.

Assemb

qu'il ne reste plus que l'oeil indivis de nos poids.
Nous revenions toujours plus lourds à la terre
troués d'espaces cloués de lumière
les mains apaisées dans la chute -


Depuis des ans nous n'avons plus commerce
qu'avec les pierres.
Nos pas s'allument aux craies aveugles
gisement étroit entre deux points d'eau.
Ma vie brûlée de tant de lumières
parfois d'une immense tendresse j'oublie
que tout est sourd
et me lève comme une mélodie.

Ces trois poèmes sont de Lorand Gaspar, Sol Absolu et autres textes, Gallimard.

24 juin 2007

Le chasseur d'images

Il saute du lit de bon matin, et ne part que si son esprit est net, son coeur pur, son corps léger comme un vêtement d'été. Il n'emporte point de provisions. Il boira l'air frais en route et reniflera les odeurs salubres. Il laisse ses armes à la maison et se contente d'ouvrir les yeux. Les yeux servent de filet où les images s'emprisonnent d'elles-mêmes.

La première qu'il fait captive est celle du chemin qui montre ses os, cailloux polis, et ses ornières, veines crevées, entre deux haies riches de prunelles et de mûres.

Il prend ensuite l'image de la rivière. Elle blanchit aux coudes et dort sous la caresse des saules. Elle miroite quand un poisson tourne le ventre, comme si on jetait une pièce d'argent, et, dès que tombe une pluie fine, la rivière a la chair de poule.

Il lève l'image des blés mobiles, des luzernes appétissantes et des prairies ourlées de ruisseaux. Il saisit au passage le vol d'une alouette ou d'un chardonneret.

Puis il entre au bois. Il ne se savait pas doué de sens si délicats. Vite imprégné de parfums, il ne perd aucune sourde rumeur, et, pour qu'il communique avec les arbres, ses nerfs, se lient aux nervures des feuilles.

Bientôt, vibrant jusqu'au malaise, il perçoit trop, il fermente, il a peur, quitte le bois et suit de loin les paysans mouleurs regagnant le village.

Dehors, il fixe un moment, au point que son oeil éclate, le soleil qui se couche et dévêt sur l'horizon ses lumineux habits, ses nuages répandus pêle-mêle.

Enfin, rentré chez lui, la tête pleine, il éteint sa lampe et longuement, avant de s'endormir, il se plaît à compter ses images.

Dociles, elles renaissent au gré du souvenir. Chacune d'elles en éveille une autre, et sans cesse leur troupe phosphorescente s'accroît de nouvelles venues, comme des perdrix poursuivies et divisées tout le jour chantent le soir, à l'abri du danger, et se rappellent au creux des sillons.


Jules Renard : Histoires naturelles

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